Pour en finir avec les comptines sur la guerre civile espagnole
et le mythe de los rojos coupables de la guerre
Une antienne tient lieu, chez nombre d’historiens de tradition conservatrice comme chez les héritiers polis du franquisme, d’explication de la guerre d’Espagne : elle serait née des exactions et des assassinats des « rouges », de sorte que le soulèvement de juillet 1936 n’aurait été qu’une légitime défense de l’ordre. Cette petite musique ne résiste pas à la chronologie. Elle confond, souvent à dessein, trois réalités distinctes : la violence sociale et politique, réelle, commise par des acteurs de gauche, de droite et par les forces de l’État ; la préparation d’un coup d’État, entreprise plusieurs mois avant juillet 1936 par des généraux, des monarchistes, des carlistes et des fascistes ; et la guerre elle-même, qui naît de l’échec partiel de ce coup, les insurgés ne parvenant pas à s’emparer d’emblée de Madrid, Barcelone, Valence et Bilbao.
Le conflit de juillet 1936 est donc bien une guerre civile par la composition des forces qui s’y affrontent, mais une guerre civile provoquée par une rébellion militaire contre un gouvernement issu des urnes. Le Congrès des députés espagnol le formule sans détour : le soulèvement des 17 et 18 juillet échoua à prendre le contrôle du pays, et cet échec « donna lieu à la guerre civile ». Pas de tentative de coup d’État, pas de guerre civile.
Reste à répondre, non par l’indignation mais par les dates. La chronologie qui suit rassemble les événements structurants, coups d’État, pronunciamientos, insurrections, répressions et conspirations, depuis la Première République jusqu’au putsch du 18 juillet 1936. Les conteurs de comptines réclament un coupable unique et un récit bref. L’Histoire, elle, a de la mémoire, et elle compte les années. Une recension littéralement exhaustive de chaque grève, attentat ou affrontement local remplirait plusieurs volumes ; on s’en tiendra ici aux faits qui font charpente.
I. 1868-1874 : une République prise entre les armes
1. La révolution de septembre 1868
Le 18 septembre 1868, l’amiral Juan Bautista Topete se soulève à Cadix. Il est rejoint par les généraux Juan Prim et Francisco Serrano. La révolution dite La Gloriosa renverse Isabelle II, qui part en exil. Un gouvernement provisoire est constitué et la Constitution démocratique de 1869 instaure une monarchie parlementaire.1
Ce premier événement est déjà révélateur : le changement de régime ne résulte pas d’une délibération parlementaire, mais d’une insurrection militaire appuyée par des forces civiles.
2. Le règne d’Amédée Iᵉʳ et la guerre carliste
Amédée de Savoie règne de 1870 à 1873 dans un pays traversé par la troisième guerre carliste, commencée en 1872, l’insurrection indépendantiste cubaine, les divisions entre monarchistes, républicains et anciens révolutionnaires, et l’agitation sociale et fédéraliste.
Amédée abdique le 11 février 1873. Les Cortes proclament alors la Première République.2
3. La Première République, 11 février 1873 – 3 janvier 1874
La Première République connaît quatre présidents en moins d’un an : Estanislao Figueras, Francisco Pi y Margall, Nicolás Salmerón et Emilio Castelar.
Elle doit affronter simultanément la guerre carliste, la guerre de Cuba, l’insurrection cantonale de l’été 1873, les divisions entre républicains fédéraux et unitaires, l’indiscipline de plusieurs garnisons et la résistance des élites monarchistes et conservatrices.
L’insurrection cantonale ne doit pas être confondue avec un simple mouvement criminel. Elle correspond à la tentative de militants fédéralistes d’établir immédiatement une fédération « par en bas », sans attendre la Constitution fédérale. Elle déstabilise néanmoins profondément le régime.
4. Le coup d’État du général Pavía, 3 janvier 1874
Le 3 janvier 1874, alors que les Cortes s’apprêtent à retirer leur confiance à Castelar, le général Manuel Pavía fait encercler puis évacuer le Parlement par les forces armées.
Ce coup d’État met fin à la République parlementaire. Le général Serrano dirige ensuite un régime autoritaire qui conserve nominalement le nom de République, mais gouverne sans Cortes.3
Le précédent est fondamental : l’armée s’arroge le droit d’interrompre le fonctionnement de la représentation nationale.
5. Le pronunciamiento de Martínez Campos, 29 décembre 1874
Le 29 décembre 1874, le général Arsenio Martínez Campos proclame à Sagunto le prince Alphonse, fils d’Isabelle II, roi d’Espagne sous le nom d’Alphonse XII.
La monarchie bourbonienne est ainsi restaurée par un nouveau pronunciamiento militaire.4
La Première République n’est donc pas morte d’un excès de démocratie ni d’une violence populaire devenue irrésistible : elle est renversée successivement par deux interventions militaires. Qu’on retienne la leçon dès ce premier acte, car la comptine, elle, l’oubliera.
II. 1875-1909 : la monarchie restaurée sous tutelle des notables et de l’armée
6. Le système de la Restauration
Antonio Cánovas del Castillo organise un régime fondé sur l’alternance convenue entre le Parti conservateur et le Parti libéral, le turno pacífico.
Les élections sont largement contrôlées par le ministère de l’Intérieur, les gouverneurs civils, les notables locaux ou caciques, la falsification des listes et des résultats, et les pressions administratives et économiques.
Il existe des élections, mais leur résultat est fréquemment préparé avant le scrutin. Le parlementarisme de la Restauration ne constitue donc pas une démocratie représentative au sens plein : il est un système oligarchique de gestion du pouvoir.5
7. Les pronunciamientos républicains de 1883
En août 1883, des militaires républicains tentent des soulèvements à Badajoz, Santo Domingo de la Calzada et La Seu d’Urgell afin de rétablir la République. Le mouvement échoue.6
8. Le pronunciamiento de Villacampa, 19 septembre 1886
Le brigadier Manuel Villacampa tente à Madrid un nouveau soulèvement républicain inspiré par Manuel Ruiz Zorrilla. L’insurrection est écrasée. Elle est généralement considérée comme le dernier grand pronunciamiento républicain du XIXᵉ siècle.7
Ces deux tentatives montrent que la pratique du coup de force n’est alors l’apanage ni de la droite ni de la gauche. Elle appartient à une culture politique dans laquelle l’armée reste un moyen ordinaire de changement de régime.
9. La violence anarchiste et la répression de la fin du XIXᵉ siècle
À partir des années 1890, attentats anarchistes, répression policière, tortures et exécutions s’enchaînent, notamment à Barcelone.
Après l’attentat de la procession de la Fête-Dieu en 1896, plusieurs centaines de personnes sont arrêtées et détenues au château de Montjuïc. Des témoignages font état de tortures systématiques. Cinq condamnés sont exécutés.
Il faut tenir ensemble les deux faits : il existe une violence anarchiste réelle, et l’État lui répond par une répression collective qui dépasse fréquemment la recherche et le jugement des auteurs individuels.
10. L’affaire du Cu-Cut! et la loi des juridictions, 1905-1906
Le 25 novembre 1905, des officiers de la garnison de Barcelone attaquent les rédactions du journal catalaniste La Veu de Catalunya et de l’hebdomadaire satirique Cu-Cut!.
Au lieu de sanctionner les militaires, le pouvoir cède à leur pression. La loi des juridictions de 1906 confie aux tribunaux militaires le jugement des offenses contre l’armée, la patrie et le drapeau.8
C’est un moment décisif : l’armée ne se contente plus de défendre l’État, elle impose à l’État la définition et la juridiction de son propre honneur.
11. La Semaine tragique de Barcelone, juillet 1909
Le rappel de réservistes destinés à la guerre du Maroc, dont beaucoup sont des ouvriers et des pères de famille incapables de payer pour être exemptés, provoque une grève générale puis une insurrection à Barcelone.
Des édifices religieux sont incendiés. L’armée reprend la ville. La répression est sévère. Francisco Ferrer Guardia, pédagogue libertaire accusé d’avoir inspiré la révolte, est exécuté après un procès militaire très contesté.9
L’épisode révèle déjà les fractures qui demeureront jusqu’en 1936 : guerre coloniale, privilège social, anticléricalisme, intervention de l’armée dans l’ordre intérieur et juridiction militaire.
III. 1917-1923 : crise de l’État, violence patronale et dictature militaire
12. La crise générale de 1917
L’année 1917 voit converger trois mouvements distincts : les Juntas de Defensa, organisations corporatistes d’officiers, l’Assemblée des parlementaires réunie à Barcelone, et la grève générale révolutionnaire organisée par l’UGT et le PSOE, avec la participation de la CNT dans plusieurs régions.
Le gouvernement réprime la grève avec l’armée. Les dirigeants socialistes Julián Besteiro, Andrés Saborit, Francisco Largo Caballero et Daniel Anguiano sont emprisonnés.10
Cette crise montre que l’État est contesté à la fois par les militaires, les régionalistes, les républicains et le mouvement ouvrier.
13. Le « triennat bolchevique », 1918-1920
Dans l’Andalousie rurale, les années 1918-1920 sont marquées par des grèves, des occupations de terres et des affrontements entre journaliers, propriétaires, forces de l’ordre et organisations patronales.
L’expression « triennat bolchevique » fut souvent utilisée pour présenter ces mobilisations comme une tentative révolutionnaire importée de Russie. Elles procèdent cependant aussi de conditions espagnoles anciennes : concentration foncière, chômage saisonnier, salaires de misère et exclusion politique.
14. La grève de La Canadiense, février-mars 1919
La grève commencée dans l’entreprise électrique Riegos y Fuerzas del Ebro paralyse Barcelone. L’état de guerre est proclamé, des milliers de travailleurs sont arrêtés, mais le mouvement obtient notamment la reconnaissance légale de la journée de huit heures.
La réponse mêle négociation sociale et coercition militaire.11
15. Le pistolerismo, 1919-1923
Barcelone devient le théâtre d’une guerre sociale entre hommes de main du patronat, militants des Sindicatos Libres, policiers, militants de la CNT et groupes anarchistes armés.
Des centaines d’attentats et d’assassinats sont commis. Le gouverneur civil Severiano Martínez Anido et le chef de la police Miguel Arlegui recourent à une politique de terreur, notamment à la prétendue ley de fugas, exécution de prisonniers présentée comme une tentative d’évasion.12
Cette période interdit tout récit d’une violence provenant d’un seul camp : violence patronale, violence d’État et violence anarchiste se nourrissent réciproquement.
16. Le désastre d’Annual, juillet 1921
L’effondrement de l’armée espagnole dans le Rif cause la mort de plusieurs milliers de soldats. Le général Juan Picasso est chargé d’une enquête sur les responsabilités militaires et politiques.
La Commission des responsabilités doit examiner les fautes des officiers, du gouvernement et éventuellement du roi Alphonse XIII. Avant que ses conclusions puissent être pleinement débattues par les Cortes, un coup d’État interrompt le processus.13
17. Le coup d’État de Primo de Rivera, 13 septembre 1923
Le capitaine général de Catalogne, Miguel Primo de Rivera, se soulève avec l’appui d’une partie de l’armée. Alphonse XIII refuse de défendre le gouvernement constitutionnel et confie le pouvoir au général.
Les Cortes sont suspendues, les libertés restreintes, les partis marginalisés et la Constitution de 1876 mise entre parenthèses. La monarchie se lie désormais ouvertement à la dictature.14
Là encore, le régime n’est pas renversé par une insurrection ouvrière, mais par un général soutenu par le roi. On notera, à l’usage des amateurs de comptines, qu’il se trouve toujours un général pour sauver l’ordre, et jamais du côté qu’ils croient.
IV. 1926-1931 : les complots contre la dictature et la chute de la monarchie
18. La Sanjuanada, juin 1926
Des militaires, des monarchistes constitutionnels, des libéraux et des républicains préparent un mouvement contre Primo de Rivera. Le complot, prévu pour la nuit de la Saint-Jean, est découvert et échoue.
19. La tentative de Sánchez Guerra, janvier 1929
José Sánchez Guerra tente de provoquer à Valence un soulèvement constitutionnel contre la dictature. Une garnison se soulève à Ciudad Real, mais le mouvement n’obtient pas les soutiens espérés.15
Ces mouvements ne sont pas équivalents au coup de 1936 dans leurs objectifs, mais ils confirment la persistance de l’armée comme instrument de changement politique.
20. La démission de Primo de Rivera, janvier 1930
Privé d’une partie de ses soutiens militaires et politiques, Primo de Rivera démissionne. Alphonse XIII tente de revenir progressivement au régime constitutionnel par les gouvernements du général Berenguer puis de l’amiral Aznar.
Mais la monarchie a perdu une grande part de sa légitimité en s’étant identifiée à la dictature.
21. Le pacte de Saint-Sébastien, août 1930
Républicains de différentes tendances, socialistes et représentants du nationalisme catalan coordonnent leurs forces pour instaurer la République. Un comité révolutionnaire est constitué.16
22. Le soulèvement de Jaca, 12 décembre 1930
Les capitaines Fermín Galán et Ángel García Hernández proclament la République à Jaca. Le mouvement échoue. Les deux officiers sont jugés sommairement et fusillés.
Ils deviennent des symboles de l’opposition républicaine.17
23. Les élections municipales du 12 avril 1931
Les candidats monarchistes obtiennent davantage de conseillers dans l’ensemble du pays, notamment grâce au poids des communes rurales contrôlées par le caciquisme, mais les coalitions républicaines remportent une victoire nette dans la plupart des grandes villes et des capitales provinciales.
Le résultat est interprété comme un désaveu politique de la monarchie. Alphonse XIII quitte l’Espagne et la République est proclamée le 14 avril 1931.18
V. 1931-1933 : réformes, résistances et violences sous la République
24. La Constitution de décembre 1931
La République instaure la souveraineté populaire, un Parlement monocaméral, le suffrage féminin, la séparation de l’Église et de l’État, le mariage civil et le divorce, la possibilité de statuts d’autonomie, une réforme de l’armée, des projets de réforme agraire et une législation sociale et scolaire ambitieuse.
Ces réformes ne sont pas une révolution bolchevique. Elles cherchent à démocratiser un État resté largement oligarchique, mais touchent simultanément les intérêts de l’armée, de l’Église, des grands propriétaires et d’une partie du patronat.19
25. Les incendies de bâtiments religieux, mai 1931
Après des affrontements provoqués à Madrid autour d’un cercle monarchiste, des couvents, églises et établissements religieux sont incendiés dans plusieurs villes.
Le gouvernement réagit tardivement. Azaña refuse d’abord d’engager immédiatement l’armée, craignant une répression sanglante et le retour de l’autorité militaire dans les rues.
Ces incendies sont criminels et politiquement désastreux. Mais ils ne constituent ni une politique officielle de la République ni une entreprise d’extermination religieuse. Ils alimentent néanmoins durablement la propagande présentant le nouveau régime comme ennemi du catholicisme.
26. Castilblanco, 31 décembre 1931
À Castilblanco, en Estrémadure, une confrontation entre manifestants paysans et gardes civils dégénère. Un manifestant est tué, puis quatre gardes civils sont lynchés.
L’événement provoque une émotion considérable dans l’armée et à droite.20
27. Arnedo, 5 janvier 1932
Quelques jours plus tard, à Arnedo, la Garde civile ouvre le feu sur une foule accompagnant une délégation ouvrière. Onze personnes sont tuées, parmi lesquelles des femmes et un enfant, et de nombreuses autres blessées.
Castilblanco et Arnedo forment une séquence essentielle : le meurtre de gardes civils entraîne une volonté de vengeance corporatiste, et la fusillade d’ouvriers renforce en retour la conviction que la République protège encore les anciennes forces de répression.21
28. L’insurrection anarchiste du Haut-Llobregat, janvier 1932
Des mineurs et ouvriers liés à la CNT et à la FAI proclament le communisme libertaire dans plusieurs communes catalanes. Le mouvement est réprimé par l’armée et la Garde civile. Des militants sont déportés sans jugement vers les possessions africaines.22
La gauche révolutionnaire combat donc elle aussi le gouvernement républicain-socialiste, qu’elle considère comme bourgeois. Employer le mot « rouges » efface ces conflits internes : les anarchistes ne sont ni les socialistes ministériels ni les républicains libéraux. La comptine, il est vrai, n’aime pas les nuances, parce qu’elles font perdre le refrain.
29. La Sanjurjada, 10 août 1932
Le général José Sanjurjo dirige une tentative de coup d’État contre le gouvernement d’Azaña. Le mouvement échoue à Madrid mais réussit temporairement à Séville.
Sanjurjo est condamné à mort, puis sa peine est commuée. Le gouvernement de droite lui accordera finalement l’amnistie en 1934.23
Cette date est capitale : quatre ans avant le meurtre de Calvo Sotelo, une partie de la droite monarchiste et de l’armée tente déjà d’abattre la République par les armes. Voilà qui dérange la comptine, car le premier coup de feu contre la légalité républicaine part de la droite, et il part en 1932.
L’échec ne met pas fin à la conspiration. Il conduit au contraire les monarchistes à rechercher une organisation plus efficace et des soutiens étrangers, notamment dans l’Italie fasciste.24
30. Casas Viejas, janvier 1933
Une insurrection anarchiste éclate dans le village andalou de Casas Viejas. Des gardes d’assaut et des gardes civils assiègent la maison de Francisco Cruz Gutiérrez, dit Seisdedos. La maison est incendiée et plusieurs de ses occupants sont tués.
D’autres villageois sont arrêtés puis exécutés sommairement. Au total, plus de vingt personnes meurent.
Le massacre provoque une crise morale et politique majeure pour le gouvernement d’Azaña. Il montre que la République peut elle aussi employer contre les pauvres les méthodes d’un État répressif. Il éloigne une partie du mouvement ouvrier des républicains et des socialistes.25
VI. 1933-1935 : réaction politique, révolution d’octobre et répression
31. Les élections de novembre 1933
La droite remporte les élections. Le Parti radical d’Alejandro Lerroux gouverne avec le soutien parlementaire de la CEDA de José María Gil-Robles.
Les réformes agraires, sociales, militaires et religieuses sont ralenties, modifiées ou partiellement annulées. Des propriétaires reprennent des terres, et des ouvriers et journaliers licenciés pour raisons politiques sont exclus du travail.26
La gauche nomme cette période le bienio negro. La droite la présente comme un retour à l’ordre.
32. La radicalisation socialiste
Après la défaite électorale, une partie du PSOE et de l’UGT, autour de Largo Caballero, évolue vers une stratégie révolutionnaire. Cette radicalisation est réelle et ne doit pas être dissimulée.
Elle est nourrie par plusieurs facteurs : la peur d’une évolution comparable à l’arrivée de Hitler au pouvoir, la destruction du mouvement ouvrier autrichien par Dollfuss en février 1934, la montée des mouvements fascistes espagnols, le recul des réformes et la conviction que la CEDA utilisera la légalité pour abolir la République.
Cette interprétation peut être discutée. Elle explique le passage à l’insurrection mais ne le rend pas juridiquement légitime.
33. Les accords monarchistes avec Mussolini, 31 mars 1934
Des représentants monarchistes alfonsins et carlistes rencontrent Benito Mussolini à Rome. Ils recherchent une aide financière, des armes et une formation militaire destinées à une future insurrection contre la République.
L’Italie s’engage à apporter argent, instruction et matériel. Ces démarches ont lieu plus de deux ans avant juillet 1936.27
La thèse d’une droite soudainement contrainte de se défendre après les violences de 1936 ne peut donc être soutenue, sauf à demander à Mussolini de financer, dès 1934, une légitime défense contre des morts de 1936. Une partie de cette droite prépare déjà une solution armée et sollicite l’appui d’une dictature étrangère.
34. La grève paysanne de juin 1934
La Fédération nationale des travailleurs de la terre, liée à l’UGT, organise une grève dans les campagnes afin de défendre les salaires, les contrats collectifs et l’application de la législation sociale.
Le gouvernement la réprime sévèrement. Des milliers de militants et responsables municipaux sont arrêtés, des maisons du peuple sont fermées, des municipalités socialistes sont suspendues.
Cette répression désorganise le mouvement paysan et accroît la rupture entre la gauche ouvrière et le gouvernement radical.
35. L’entrée de la CEDA au gouvernement, 4 octobre 1934
Lorsque trois ministres de la CEDA entrent dans le gouvernement Lerroux, les socialistes déclenchent une insurrection qu’ils avaient préparée.
La grève générale échoue rapidement dans la plus grande partie de l’Espagne. Elle prend cependant deux formes majeures.
En Catalogne. Le président de la Généralité, Lluís Companys, proclame un « État catalan dans la République fédérale espagnole ». L’armée commandée par le général Batet reprend le contrôle de Barcelone. Companys et son gouvernement sont emprisonnés.
Dans les Asturies. Une alliance ouvrière réunissant socialistes, UGT, anarchistes de la CNT et militants communistes déclenche une véritable insurrection armée. Des postes de la Garde civile sont attaqués, des armes sont saisies, des comités révolutionnaires prennent le pouvoir dans plusieurs localités.
Des religieux, des gardes civils, des militaires et des civils sont assassinés par les insurgés. Des bâtiments sont incendiés ou dynamités.
Ces crimes doivent être nommés. Mais ils ne résument pas l’événement.
36. La répression des Asturies
Le gouvernement fait venir du Maroc des unités de la Légion et des Regulares. Franco participe depuis Madrid à la conduite générale des opérations, et le général López Ochoa commande les forces engagées dans les Asturies.
Les combats font plus d’un millier de morts. Après la défaite de l’insurrection viennent les exécutions, les mauvais traitements, les pillages, les tortures et les arrestations massives. Des dizaines de milliers de personnes sont emprisonnées dans l’ensemble du pays.28
La participation de la CNT est forte dans les Asturies mais faible ou hostile au mouvement dans d’autres régions. Il ne faut donc pas transformer octobre 1934 en une révolution nationale parfaitement coordonnée.29
37. L’effet politique d’octobre 1934
La répression transforme les prisonniers et les familles de détenus en cause commune. Des réseaux de solidarité apparaissent. Socialistes, républicains de gauche, communistes et une partie des libertaires se rapprochent dans la dénonciation de la répression.30
C’est ici que se comprend la solidarité qui traversa le pays : les Asturies deviennent un symbole national, du nord minier aux campagnes andalouses. Non parce que toutes les organisations auraient partagé la même stratégie en octobre 1934, mais parce que la répression produit une communauté de mémoire, prisonniers, licenciés, veuves, familles privées de ressources, militants poursuivis.
38. La crise du gouvernement radical, 1935
Les scandales de corruption du Straperlo et de Nombela discréditent le Parti radical. Le président de la République, Niceto Alcalá-Zamora, refuse de confier directement le gouvernement à Gil-Robles et convoque de nouvelles élections.
VII. Février-juillet 1936 : la victoire électorale et la préparation du coup
39. Les élections du 16 février 1936
Le Front populaire, coalition électorale de républicains de gauche, de socialistes et de partis ouvriers, remporte la majorité parlementaire. Le décompte des sièges varie selon les sources, mais la victoire est nette.31
Les gouvernements qui suivent sont dirigés par des républicains, d’abord Manuel Azaña puis Santiago Casares Quiroga. Les socialistes, communistes et anarchistes ne gouvernent pas l’Espagne.
Il n’existe donc en juillet 1936 ni gouvernement communiste ni dictature révolutionnaire. La comptine réclame un péril rouge au pouvoir ; le péril rouge, lui, siège sur les bancs de l’opposition ou croupit encore en prison.
40. L’amnistie et la reprise des réformes
Le nouveau gouvernement amnistie les condamnés d’octobre 1934, rétablit les autorités municipales destituées, restaure l’autonomie catalane, relance la réforme agraire et réintègre certains travailleurs licenciés pour faits de grève.
Dans les campagnes, des paysans occupent des terres, parfois avant leur attribution légale. Les grèves augmentent. Les attentes sociales sont immenses et le gouvernement est souvent débordé.
41. Les violences du printemps 1936
Combien de morts, au juste ? La question est disputée, et l’honnêteté oblige à donner la fourchette plutôt qu’un chiffre de camp. Dans son étude de 2011, Eduardo González Calleja recense 262 morts pour des violences sociopolitiques entre le 16 février et le 17 juillet 1936.32 Il a lui-même révisé ce total à la hausse dans Cifras cruentas (2015), autour de 384,33 tandis que Fernando del Rey et Manuel Álvarez Tardío avancent, pour une fenêtre voisine, un peu plus de 480.34 Le débat sur le total demeure ouvert.
Mais le total n’est pas le point décisif, et c’est la répartition qui ruine le mythe des « rouges ». Quel que soit le comptage, les mêmes séries montrent que les victimes furent majoritairement des gens de gauche, journaliers et ouvriers pour l’essentiel, que les forces de l’ordre elles-mêmes causèrent une part considérable des morts, et que la violence décrut au fil des cinq mois au lieu de s’emballer. Dans le décompte de 262, cent douze morts sont imputables aux seules forces publiques, cent quarante-huit victimes se rattachent à la gauche, cinquante à la droite. Quant à l’anticléricalisme, tant invoqué, il ne fit presque aucun mort au printemps 1936 : les religieux tués en nombre, ce fut aux Asturies, en 1934.
Le chiffre, quel qu’il soit, établit une grave crise de l’ordre public. Il n’établit ni que ces morts furent l’œuvre des seuls « rouges », ni qu’elles auraient mécaniquement produit la guerre. Une partie de l’historiographie tient cette violence pour un facteur ayant rendu le coup possible, d’autres travaux y voient le contexte de la crise, non la cause de la guerre.
42. La stratégie de la Phalange
La Phalange mène une politique d’affrontement destinée à désorganiser le régime : attaques contre militants de gauche, attentats contre des responsables publics, violences de rue et représailles.
Après l’attentat contre le professeur et député socialiste Luis Jiménez de Asúa, le gouvernement interdit la Phalange et emprisonne José Antonio Primo de Rivera. L’organisation continue clandestinement et finit par subordonner ses milices au projet militaire.35
Parler seulement de « désordre rouge » revient donc à effacer une stratégie de la tension conduite par l’extrême droite. C’est beaucoup effacer pour une seule comptine.
43. La tentative de pression militaire après les élections
Dans les heures qui suivent le scrutin de février, Gil-Robles et Franco cherchent à obtenir la proclamation de l’état de guerre afin d’empêcher ou de neutraliser la transmission du pouvoir au Front populaire.
Le président Alcalá-Zamora et le chef du gouvernement Manuel Portela Valladares refusent. La tentative n’aboutit pas, mais elle montre que la solution militaire est envisagée avant même l’installation du nouveau gouvernement.
44. La réunion des généraux du 8 mars 1936
Le 8 mars, plusieurs généraux se réunissent à Madrid, notamment Emilio Mola, Francisco Franco, Manuel Goded, Luis Orgaz, Joaquín Fanjul et Rafael Villegas.
Ils conviennent de préparer un soulèvement. Le général Sanjurjo, exilé au Portugal depuis l’échec de 1932, est pressenti pour prendre la tête du mouvement.36
Cette réunion intervient quatre mois avant l’assassinat de Calvo Sotelo, avant la plupart des violences invoquées après coup comme justification, alors que le gouvernement du Front populaire n’est installé que depuis quelques semaines. La comptine voudrait que le coup répondît au meurtre de juillet. Le calendrier répond que le coup se réunissait déjà en mars.
45. Mola devient le « Directeur »
Muté à Pampelune, Emilio Mola prend progressivement la direction opérationnelle de la conspiration.
Il établit des contacts avec l’Union militaire espagnole, les généraux conspirateurs, les monarchistes de Renovación Española, les carlistes et leurs milices requetés, la Phalange, et des financiers et propriétaires favorables au soulèvement.
La conspiration n’est donc pas une réaction improvisée d’officiers effrayés : elle possède une direction, des agents de liaison, des comités civils, des milices et des plans territoriaux.
46. Les Instrucciones reservadas d’avril et mai 1936
Dans ses Instrucciones reservadas, Mola prévoit la constitution de comités militaires et civils, la prise des centres de communication, l’occupation des bâtiments publics, l’arrestation des autorités et dirigeants opposés, la convergence des colonnes vers Madrid, l’établissement d’un pouvoir militaire et une répression immédiate contre les résistances.
Les instructions insistent sur la nécessité d’une action d’une extrême violence afin de briser rapidement l’opposition.37
Il ne s’agit donc pas seulement d’un projet destiné à rétablir temporairement l’ordre. Il s’agit de détruire les organisations capables de défendre la République.
47. Le plan de marche sur Madrid, 25 mai 1936
L’instruction du 25 mai prévoit que le pouvoir devra être conquis à Madrid par la convergence de plusieurs divisions militaires.
Le plan est déjà suffisamment avancé pour définir les objectifs, les moyens et les itinéraires des unités.38
À cette date, Calvo Sotelo est encore vivant. Qu’on veuille bien le noter avant d’invoquer sa mort comme cause du plan qui la précède.
48. Les négociations avec les carlistes
Les dirigeants carlistes et Mola discutent du commandement, du drapeau, de la nature du futur régime et de l’emploi des requetés.
Les carlistes souhaitent une restauration traditionaliste, plusieurs généraux envisagent une dictature militaire, les monarchistes alfonsins veulent le retour de la monarchie, la Phalange porte un projet fasciste.
Ils ne possèdent pas le même programme, mais s’accordent sur un objectif immédiat : renverser la République par les armes.
49. Les préparatifs au Maroc
Le contrôle de l’armée d’Afrique est décisif. Des officiers conspirateurs préparent le soulèvement dans le protectorat marocain. Des plans sont établis pour transporter la Légion et les Regulares vers la péninsule.
Franco demeure longtemps prudent sur la date et les chances de réussite, mais il appartient au cercle des conspirateurs et ne défend pas le gouvernement contre lequel le mouvement est préparé.
VIII. Les assassinats de juillet : déclencheurs immédiats, non causes premières
50. L’assassinat du lieutenant José del Castillo, 12 juillet 1936
Le lieutenant José del Castillo, officier de la Garde d’assaut et instructeur de milices socialistes, est assassiné à Madrid par des hommes liés à l’extrême droite.
Son meurtre s’inscrit dans une chaîne d’attentats et de représailles entre phalangistes, policiers et militants de gauche.39
51. L’assassinat de José Calvo Sotelo, 13 juillet 1936
Dans la nuit suivante, des membres des forces de sécurité accompagnés de militants socialistes enlèvent le député monarchiste José Calvo Sotelo. Il est tué d’une balle dans la tête par Luis Cuenca, membre de l’escorte d’Indalecio Prieto.
Il s’agit d’un crime d’État au sens le plus grave : des agents publics utilisent un véhicule officiel et leur autorité pour enlever puis assassiner un parlementaire d’opposition.
Le gouvernement n’a pas ordonné le meurtre, mais sa responsabilité politique est engagée par l’incapacité à contrôler ses propres forces et à protéger l’opposition.
52. Ce que change, et ne change pas, l’assassinat de Calvo Sotelo
L’assassinat scandalise une grande partie de l’opinion, radicalise des officiers hésitants et contribue probablement à décider Franco à rejoindre définitivement le mouvement. Une étude récente insiste notamment sur son influence dans la décision de Franco d’emprunter le Dragon Rapide pour rejoindre le Maroc.40
Mais ce meurtre ne crée pas la conspiration, ne provoque pas la réunion du 8 mars, ne rédige pas les instructions de Mola, ne crée pas les réseaux carlistes, ne provoque pas les accords monarchistes avec Mussolini, ne produit pas le plan de marche sur Madrid et ne précède pas les préparatifs militaires au Maroc.
Il sert de justification morale et propagandiste à un coup déjà préparé. Confondre l’événement qui accélère une décision avec la cause historique de cette décision n’est pas une erreur de lecture : c’est une falsification de la chronologie, et c’est le cœur même de la comptine.
IX. Le coup d’État des 17 et 18 juillet 1936
53. Le soulèvement au Maroc, 17 juillet
La rébellion commence dans le protectorat marocain le 17 juillet. Les officiers insurgés arrêtent ou exécutent ceux qui refusent de les suivre.
54. L’extension à la péninsule, 18 juillet
Le mouvement s’étend aux garnisons de la péninsule. Les conspirateurs espèrent prendre rapidement le pouvoir, arrêter le gouvernement et établir un directoire militaire.
Le coup réussit dans plusieurs régions, notamment en Navarre, en Vieille-Castille, en Galice, à Séville, à Saragosse et dans une partie de l’Andalousie.
Il échoue ou est vaincu à Madrid, Barcelone, Valence, Bilbao et dans une partie importante des zones industrielles et urbaines.41
55. L’armement des organisations ouvrières
Face à l’hésitation initiale du gouvernement, les syndicats et partis ouvriers réclament des armes. Dans plusieurs villes, des militants, des gardes d’assaut, des carabiniers et des unités militaires demeurées fidèles combattent ensemble les insurgés.
L’effondrement partiel de l’État républicain entraîne ensuite la formation de comités, de milices et de pouvoirs révolutionnaires locaux. C’est dans ce vide d’autorité qu’explose, après le coup, une répression incontrôlée contre prêtres, propriétaires, militants de droite et suspects.
La violence révolutionnaire de l’été 1936 n’est donc pas la cause antérieure du soulèvement : elle est, pour une large part, l’une des conséquences de la désagrégation de l’État provoquée par le soulèvement. La comptine inverse l’ordre du temps ; elle place l’effet avant la cause, parce que c’est le seul montage où l’incendiaire passe pour pompier.
56. De l’échec du coup à la guerre
Les insurgés ne parviennent pas à prendre immédiatement l’ensemble du pays. Le gouvernement ne parvient pas davantage à écraser la rébellion.
Le coup d’État avorté se transforme alors en guerre.42
Ce que les faits permettent d’établir
1. La République ne fut ni paisible ni irréprochable
Il y eut des insurrections anarchistes, une tentative révolutionnaire socialiste en 1934, des meurtres de religieux, de policiers et de militants de droite, des incendies d’églises, des occupations illégales, l’assassinat de Calvo Sotelo par des agents de l’État accompagnés de militants socialistes, et de graves défaillances gouvernementales en matière d’ordre public.
Le nier affaiblirait l’analyse.
2. Ces violences ne furent cependant ni unilatérales ni spontanées
Elles coexistèrent avec les attentats phalangistes, la violence des groupes monarchistes, les crimes patronaux du pistolerismo, les fusillades de paysans et d’ouvriers, les tortures après octobre 1934, la préparation de milices carlistes, la conspiration de généraux et la recherche de financements et d’armes auprès de l’Italie fasciste.
Le mot « rouges » n’explique rien. Il amalgame des républicains libéraux, des socialistes réformistes, des socialistes révolutionnaires, des communistes, des anarchistes, des syndicalistes et des paysans sans parti. C’est un mot de comptine, fait pour rimer, non pour penser.
3. Le coup d’État n’est pas une réponse improvisée au meurtre de Calvo Sotelo
La conspiration est attestée par la Sanjurjada de 1932, par les démarches auprès de Mussolini dès 1934, par la réunion des généraux du 8 mars 1936, par les instructions réservées de Mola, par l’organisation des comités civils et militaires, par l’accord avec les milices carlistes et phalangistes, et par les plans élaborés pour prendre Madrid et mobiliser l’armée d’Afrique.
L’assassinat du 13 juillet accélère et légitime, aux yeux de certains, une décision antérieure. Il ne la crée pas.
4. La guerre n’était pas l’issue mécanique des conflits sociaux
Une grève, un assassinat ou une émeute ne deviennent une guerre que lorsqu’existent des armées organisées, un projet de prise du pouvoir, des territoires conquis, une chaîne de commandement, des soutiens financiers, des livraisons d’armes et des appuis étrangers.
La violence sociale crée une crise. La décision militaire transforme cette crise en guerre.
5. La responsabilité historique première appartient aux auteurs du soulèvement
Cela ne signifie pas que tous les crimes ultérieurs leur soient matériellement imputables. Les assassinats commis dans la zone républicaine ont leurs auteurs et leurs responsabilités propres.
Mais la responsabilité de l’ouverture du conflit revient à ceux qui, refusant le résultat électoral et la légalité constitutionnelle, entreprennent de prendre le pouvoir par les armes.
La formule la plus rigoureuse serait donc celle-ci. La guerre d’Espagne ne fut pas provoquée par les seuls crimes d’un camp. Elle naquit de l’échec d’un coup d’État militaire longuement préparé, dans un pays profondément divisé par des décennies d’inégalités, de violences sociales, de répressions étatiques et d’interventions répétées de l’armée dans la vie politique.
Voilà pour la comptine. La chronologie n’innocente personne. Elle fait plus exactement le contraire : elle empêche que le crime des uns serve à effacer la décision préméditée des autres.
Références historiographiques essentielles
- Eduardo González Calleja, Cifras cruentas. Las víctimas mortales de la violencia sociopolítica en la Segunda República española, 1931-1936, Comares, 2015.
- Eduardo González Calleja, « La necro-lógica de la violencia sociopolítica en la primavera de 1936 », Mélanges de la Casa de Velázquez, 41-1, 2011, p. 37-60.
- Fernando del Rey et Manuel Álvarez Tardío, Fuego cruzado. La primavera de 1936, 2024.
- Francisco Alía Miranda, Conspiración y alzamiento contra la Segunda República, Crítica, 2011.
- Paul Preston, The Coming of the Spanish Civil War: Reform, Reaction and Revolution in the Second Republic.
- Julián Casanova, República y guerra civil, dans Historia de España, Crítica-Marcial Pons.
- Eduardo González Calleja, Contrarrevolucionarios. Radicalización violenta de las derechas durante la Segunda República, 1931-1936.
- Ángel Viñas, ¿Quién quiso la guerra civil? Historia de una conspiración, Crítica.
- Enrique Moradiellos, Historia mínima de la Guerra Civil española.
- Michael Alpert, The Republican Army in the Spanish Civil War, 1936-1939.
- Julio Aróstegui, travaux sur la violence politique dans l’Espagne du XXᵉ siècle et les crises de la Seconde République.
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