Chapitre II. La croisade à crédit
Le financement du putsch des 17-18 juillet 1936
Il est temps de remettre les pendules à l’heure du réel. Non pour substituer une légende à une autre, ni pour offrir aux vaincus une consolation de papier, mais pour briser ce miroir poli où la guerre d’Espagne apparaît encore trop souvent comme l’affrontement symétrique de deux violences équivalentes. La formule est confortable. Elle permet aux prudents de dormir. Elle permet aux historiens de salon de poser leur tasse sans trembler. Elle permet surtout de ne pas regarder ce qui fâche : en juillet 1936, un gouvernement issu des urnes affronte une rébellion militaire préparée, financée, couverte et très vite internationalisée.1
La République espagnole ne tombe pas sous le seul poids d’une guerre intérieure. Elle est frappée par un coup d’État dont la réussite dépend, dès l’origine, de l’argent privé, de la conspiration monarchiste, de l’aide fasciste, du pétrole étranger, des crédits différés et de la neutralité menteuse des démocraties européennes. On appellera cela guerre civile, parce que le vocabulaire officiel aime les mots qui lavent. Mais sous le linge propre, il y a les contrats, les factures, les avions réservés, les pétroliers détournés, les banques complaisantes, les monarchistes en mission, les généraux à crédit et les chancelleries qui regardent ailleurs avec cette élégance particulière des lâches bien élevés.
Le Front populaire a gagné les élections législatives de février 1936. Il faut commencer là, et y revenir sans cesse, comme on revient à une pièce à conviction que les faussaires voudraient faire tomber de la table. On ne renverse pas de la même manière une dictature, une faction armée ou un gouvernement légal. Le discours franquiste, puis ses héritiers en cravate universitaire, ont tenté de fabriquer après coup une illégitimité républicaine : désordre, fraude, menace rouge, révolution imminente, apocalypse bolchevique, vierges effrayées et propriétaires insomniaques. La vieille boutique de la peur a toujours eu du stock.2
Mais le fait brut demeure : la gauche républicaine et ouvrière a remporté les élections, et c’est contre cet ordre constitutionnel que s’organise le soulèvement militaire. Voilà ce qu’il faut marteler. Le putsch n’est pas un accident de caserne, ni une réaction spontanée de patriotes brusquement pris d’urticaire devant le chaos. C’est une opération politique contre un régime légal. Une opération préparée. Une opération financée. Une opération internationalisée avant même d’oser dire son nom.
Ce que les chancelleries européennes redoutent alors n’est pas seulement l’Espagne républicaine comme régime. Elles redoutent ce qu’elle rend possible. Tout ce qu’ouvre la République compose, aux yeux de l’Europe conservatrice, un danger beaucoup plus immédiat que les fascismes déjà installés au pouvoir. On connaît pourtant Hitler. On connaît Mussolini. L’Allemagne nazie gouverne depuis 1933, l’Italie fasciste depuis 1922. On a vu les chemises noires, entendu les discours, lu les proclamations, senti la botte s’échauffer. Mais l’Europe officielle croit encore pouvoir composer avec l’ordre autoritaire, tandis qu’elle ne pardonne pas à la République espagnole d’ouvrir une brèche sociale.3
La voilà, la grande peur. Non pas seulement Moscou. Non pas seulement le communisme, que l’on agite comme une cloche d’alarme pour faire courir les notables. La peur véritable est plus ancienne, plus charnelle, plus foncière. Que les paysans demandent la terre. Que les femmes votent. Que l’école échappe au confessionnal. Que les ouvriers parlent en syndicats. Que l’armée cesse de se croire propriétaire de la patrie. Que l’Église ne puisse plus transformer la soumission en vertu. Que le peuple, enfin, cesse d’être décoratif.
Dans cette affaire, le mot « national » relève presque de la farce. Le camp qui se prétend national dépend très tôt de l’étranger. Avions italiens. Appui allemand. Ports portugais. Pétrole américain. Circuits bancaires internationaux. Crédits différés. Garanties privées. Le prétendu camp de la patrie commence par mettre la patrie en gage. Il prétend sauver l’Espagne de l’influence extérieure, mais il tend la main à Rome, à Berlin, à Lisbonne, aux pétroliers, aux financiers, aux fournisseurs, à tous ceux qui peuvent transformer une rébellion militaire en machine de guerre.
Il fallait oser : faire passer pour une croisade nationale ce qui fut aussi une opération internationale de restauration sociale. Les factieux avaient ce génie particulier du blasphème politique : appeler Espagne ce qu’ils achetaient à l’étranger, appeler salut national ce qui hypothéquait l’avenir du pays, appeler ordre ce qui commençait par le parjure, appeler croisade ce qui se négociait en lires, en marks, en dollars, en pétrole et en bombes.4
Le monde ancien ne désarme pas
La conspiration ne commence pas avec le premier coup de feu. Elle précède le 18 juillet. Les monarchistes alfonsins, les militaires factieux, les relais financiers et les protecteurs internationaux préparent depuis plusieurs années la destruction de la République. Alfonso XIII, parti en exil en avril 1931 sans abdiquer formellement dans l’immédiat, demeure pour les monarchistes alfonsins le souverain légitime à restaurer. Son nom, son entourage, ses réseaux et le rêve de retour monarchique appartiennent au paysage de la conspiration. La République n’a pas seulement devant elle des généraux impatients. Elle a derrière eux un monde social qui veut reprendre ce que les urnes, les réformes et l’école menacent de lui enlever.5
Le premier grand nom de ce financement est Juan March. Là encore, il faut être précis, car les imprécisions servent les défenseurs de l’ordre ancien. Écrire simplement que « la Banca March finance le putsch » peut prêter le flanc si l’on entend par là une opération bancaire institutionnelle isolable dans un registre bien peigné. Mais écrire que Juan March, à travers sa fortune, ses sociétés, sa banque, ses réseaux internationaux, ses garanties et son crédit personnel, finance le camp putschiste, voilà qui tient. Chez March, la personne, la banque, les compagnies, les relations britanniques, les avoirs extérieurs et les garanties financières forment un même appareil de puissance.6
Le capitalisme a parfois cette pudeur charmante : il veut bien financer les coups d’État, mais il aimerait qu’on distingue soigneusement la personne morale, la personne physique, la société écran, le compte, l’intermédiaire, le prête-nom et la note de frais. On égorge la République, mais que la comptabilité reste nuancée.
Le cas du Dragon Rapide a la netteté presque théâtrale d’une scène de boulevard jouée par des conjurés. Cet avion, affrété par Luis Bolín, permet à Franco de quitter les Canaries pour rejoindre le Maroc espagnol et prendre la tête de l’Armée d’Afrique. L’appareil est loué grâce à l’argent de Juan March et aux relais monarchistes de Londres. Ce n’est pas une anecdote de roman d’espionnage, un petit détail pittoresque pour amateurs de coulisses. C’est un acte logistique décisif. Sans cet avion, Franco n’arrive pas au Maroc au moment voulu ; sans cette arrivée, la prise en main immédiate de l’Armée d’Afrique devient infiniment plus incertaine.7
Un putsch tient parfois à une piste d’atterrissage, à une valise, à une signature, à un financier qui avance l’argent. Les grandes tragédies ont aussi leurs reçus.
Qui a rendu payable le coup d’État ?
March ne paie pas seulement un avion. Il garantit. Et c’est peut-être là le point central. José Ángel Sánchez Asiaín a insisté sur cette distinction fondamentale : posséder de l’argent n’est pas la même chose que disposer de crédit. Le camp franquiste manque d’or, mais il acquiert très vite quelque chose d’aussi précieux : la confiance des fournisseurs étrangers. Des hommes comme March donnent à la rébellion une surface financière. Ils transforment des généraux factieux en clients solvables, des conspirateurs en pouvoir en devenir, une conjuration en promesse de remboursement.8
La question n’est donc pas seulement : qui a payé ? Elle est : qui a rendu payable le coup d’État ? Qui a donné aux fournisseurs l’assurance qu’ils ne traitaient pas avec une bande d’aventuriers galonnés, mais avec les futurs maîtres de l’Espagne ? Qui a transformé le crime politique en opération de crédit ?
La République possède l’or de la Banque d’Espagne. Les insurgés disposent d’un réseau de promesses, d’avals, de dettes futures, d’intérêts stratégiques et de complaisances internationales. La guerre commence aussi comme cela : par une asymétrie de crédit. D’un côté, un gouvernement légal qui doit vendre le passé pour se défendre. De l’autre, des rebelles qui hypothèquent l’avenir parce que les puissants parient déjà sur leur victoire.
Cette préméditation apparaît plus clairement encore dans les quatre contrats signés à Rome le 1ᵉʳ juillet 1936, dix-sept jours avant le coup d’État, et exhumés par l’historien Ángel Viñas dans les papiers de leur signataire. Pedro Sainz Rodríguez, monarchiste alfonsin, député de Renovación Española et figure du Bloque Nacional, y engage avec la firme italienne SIAI l’achat d’avions et de tout un arsenal. Bombardiers Savoia-Marchetti, chasseurs Fiat CR.32, bombes, carburants, mitrailleuses, munitions : tout l’attirail de la petite promenade patriotique, naturellement. Car chacun sait qu’un simple rétablissement de l’ordre se prépare avec des bombardiers modernes.9
Voilà le détail qui fait sauter la serrure du récit franquiste. Si, avant le 18 juillet, on commande des avions, des bombes, des carburants et des munitions, on ne prépare pas seulement une réaction improvisée au désordre. On prépare une guerre. On anticipe que le coup peut échouer partiellement et se transformer en conflit long. On prévoit la suite avant même d’avoir tiré le premier coup de feu. La spontanéité, ici, sent fort le contrat signé.10
Pour une simple insurrection de garnisons, il n’est pas nécessaire de réserver un dispositif aérien ambitieux. En revanche, pour transporter, bombarder, soutenir, ravitailler, terroriser, il faut des avions. Il faut du carburant. Il faut des bombes. Il faut des garanties. Il faut des gens sérieux, donc dangereux, autour de la table. Les contrats romains ne sont pas une conséquence de la guerre civile. Ils appartiennent à sa préméditation.
L’Italie fasciste ne fut pas surprise par la rébellion. Elle la précéda par ses industriels, ses relais politiques et bientôt son appareil d’État. Mussolini savait reconnaître une entreprise réactionnaire lorsqu’elle portait l’uniforme et promettait d’écraser la gauche. Il comprend immédiatement ce que l’Europe démocratique fera semblant de ne pas voir : l’Espagne est un laboratoire. On y teste les avions, les bombes, les lâchetés et les mots.11
La non-intervention, ou le garrot poli
Vient ensuite la grande fiction diplomatique : la non-intervention.
Le mot a l’air sage. Il parle doucement. Il fréquente les cabinets ministériels. Il prétend empêcher l’européanisation du conflit. En réalité, il fonctionne comme un garrot appliqué au gouvernement légal. En août 1936, plus de deux douzaines de pays souscrivent à une politique de non-intervention, et le Comité de Londres installe bientôt sa liturgie de surveillance, de protestations mesurées et de mensonges équilibrés. L’objectif affiché est d’éviter que l’Espagne ne devienne le champ de bataille de l’Europe. L’effet réel est de priver la République d’une partie de son droit à se défendre, pendant que l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste et le Portugal salazariste soutiennent les insurgés.12
La non-intervention n’est donc pas une neutralité. C’est une politique d’abstention sélective dont les effets ne sont pas neutres. Elle place sur le même plan un gouvernement légal et des militaires rebelles. Elle interdit à la République d’acheter librement des armes. Elle permet aux fascismes d’intervenir sous le voile transparent du mensonge. Elle est moins une abstention qu’une distribution inégale du droit de survivre.13
Il faut admirer le raffinement. On ne poignarde pas la République. On lui attache les mains pendant que d’autres aiguisent les couteaux. Et l’on appelle cela de la sagesse.
L’or du passé et la dette de l’avenir
Sur le plan financier, la formule de Sánchez Asiaín demeure l’une des plus éclairantes. La République paie la guerre avec l’épargne du passé, c’est-à-dire les réserves d’or accumulées par l’Espagne. Burgos la finance avec l’épargne du futur, c’est-à-dire par l’endettement extérieur. Cette opposition dit tout. La République liquide un patrimoine monétaire existant pour acheter des armes dans un marché hostile. Les insurgés engagent l’Espagne à venir, promettent des paiements, obtiennent des délais, transforment la victoire espérée en garantie financière.
La République vend son or pour survivre. Les factieux vendent l’avenir pour vaincre.
La Banque d’Espagne elle-même rappelle que le pays fut bientôt divisé en deux zones, avec deux institutions d’émission et deux pesetas distinctes, et qu’une grande partie des réserves d’or fut envoyée à Moscou pour financer l’effort de guerre républicain. Ce fait, déformé pendant des décennies par la propagande franquiste sous le mythe commode de « l’or de Moscou », doit être replacé dans son contexte : un gouvernement légal, privé d’accès normal aux marchés d’armement, utilise ses réserves pour acheter de quoi résister.14
Mais la propagande franquiste avait besoin d’un conte moral. L’or républicain devint une trahison, tandis que les dettes franquistes auprès des fascismes devenaient patriotisme. L’or légal envoyé pour acheter des armes serait donc infâme ; les factures italiennes et allemandes contractées par les rebelles seraient, elles, honorables. Il fallait y penser. Le cynisme, quand il a gagné la guerre, se donne des airs de vertu comptable.15
Les insurgés n’ont pas l’or, mais ils ont le crédit politique des dictatures fascistes et le crédit commercial des milieux privés. L’Italie et l’Allemagne ne livrent pas seulement du matériel. Elles accordent une confiance stratégique. À la fin de la guerre, les dettes espagnoles envers l’Italie et l’Allemagne rappelleront que la victoire franquiste n’a pas été descendue du ciel sur un nuage de providence catholique. Elle a été livrée, convoyée, facturée, renégociée, partiellement remise, mais jamais gratuite.16
Le Saint-Esprit avait des fournisseurs.
Le moteur étranger de la croisade nationale
À ces mécanismes s’ajoute le pétrole, nerf moderne de la guerre. Sans carburant, les avions deviennent des carcasses, les camions des statues, les colonnes des processions immobiles. Ce carburant vient largement de l’étranger, et pour une part décisive de compagnies américaines, Texaco au premier rang. Miracle de la géographie commerciale : le pétrole annoncé ailleurs arrive là où la rébellion en a besoin.17
Sans pétrole, pas de guerre moderne. Sans carburant, pas d’offensive soutenue. Sans ravitaillement, pas de mobilité. Le franquisme a besoin d’énergie. On lui en fournit. Dans certains cas, on lui fournit même davantage que des barils : des facilités, du crédit, des informations commerciales utiles, une bienveillance qui n’ose pas dire son nom.18
Là encore, la croisade nationale a le moteur étranger. Elle roule à l’essence américaine, vole avec des avions italiens et allemands, utilise les ports portugais, paie par dettes futures, se couvre de messes et de communiqués, puis vient expliquer au monde qu’elle sauve l’Espagne de l’étranger. Il fallait beaucoup de foi, ou beaucoup de cynisme, pour appeler cela indépendance nationale.
Une guerre intérieure rendue possible de l’extérieur
Il faut donc cesser de raconter le soulèvement franquiste comme une affaire purement espagnole. Certes, le conflit a ses causes internes : crise de l’État, violence sociale, affrontement religieux, peur révolutionnaire, radicalisation des droites, impatience ouvrière, mémoire coloniale de l’armée, brutalité des rapports de classe. Tout cela existe. Mais le passage de la conspiration au pouvoir armé dépend d’un environnement international précis. La République est isolée au nom de la prudence. Les insurgés sont aidés au nom de l’ordre. La première doit justifier chaque achat. Les seconds bénéficient de l’anticipation complaisante des vainqueurs probables.
C’est ici que la vieille rhétorique du réalisme révèle sa misère morale. Les démocraties prétendent éviter une guerre européenne. Elles la préfigurent. Elles prétendent maintenir l’équilibre. Elles installent l’impunité. Elles prétendent ne pas choisir. Elles choisissent par défaut le camp que les fascismes arment effectivement. La non-intervention n’empêche pas l’intervention. Elle empêche surtout l’intervention efficace en faveur du gouvernement légal.
On appelle cela équilibre et réalisme. Il faut entendre : abandon organisé, et complicité qui ne veut pas salir ses manchettes.
Le financement du putsch des 17-18 juillet 1936 n’est donc pas une annexe économique de la guerre d’Espagne. Il en est l’un des révélateurs majeurs. Il montre que le soulèvement ne fut ni improvisé, ni strictement militaire, ni simplement patriotique. Il fut préparé par des monarchistes, rendu possible par des financiers, soutenu par des dictatures, approvisionné par des entreprises étrangères, puis blanchi par le vocabulaire diplomatique. Derrière les proclamations de salut national, on trouve des contrats, des crédits, des garanties, des avions, du carburant, des banques, des dettes et des factures.
La République espagnole n’a pas été seulement vaincue par des généraux. Elle a été attaquée par une coalition de peurs. En face, le franquisme sut rassurer les propriétaires, les évêques, les états-majors, les fascistes et les conseils d’administration. Il leur promettait l’ordre. Ils lui donnèrent l’argent, les armes, le silence ou le temps.
Voilà pourquoi le mot « national » doit être manié avec des pincettes, ou mieux, avec ironie. Il se disait espagnol jusqu’à l’os, mais il achetait sa victoire à crédit sur les marchés de la réaction internationale. Il prétendait sauver la patrie. Il commença par l’hypothéquer. Il prétendait défendre l’Espagne contre l’étranger. Il fit entrer l’étranger au cœur même de sa naissance politique.
Traduire les mots des vainqueurs
Remettre les pendules à l’heure du réel, c’est donc nommer les choses.
Le 18 juillet 1936 ne fut pas l’explosion soudaine d’une Espagne naturellement fratricide. Ce fut l’aboutissement d’une conspiration armée contre une République légale. Cette conspiration eut ses bailleurs, ses courtiers, ses avions réservés, ses contrats italiens, ses pétroliers américains, ses garanties bancaires et ses diplomates prudents. La République ne fut pas seulement abandonnée ; elle fut enfermée dans une cage de papier, pendant que ses ennemis recevaient du métal, du carburant et du crédit.
On appela cela non-intervention. Il faut lire : complicité par abstention.
On appela cela guerre civile. Il faut lire : putsch internationalisé contre une République.
On appela cela croisade nationale. Il faut lire : restauration sociale financée à crédit.
Et dans cette traduction, enfin, l’Histoire cesse de servir les vainqueurs.
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1Sur les élections législatives des 16 février et 1ᵉʳ mars 1936, voir le Buscador histórico de diputados du Congreso de los Diputados et les synthèses de Javier Tusell, Santos Juliá et Julián Casanova. La coalition du Front populaire obtient la majorité parlementaire et Manuel Azaña revient au gouvernement avant son élection à la présidence de la République.
2Sur la fabrication franquiste d’une illégitimité électorale et le débat historiographique autour de la fraude, voir notamment Francisco Sánchez Pérez, dir., Los mitos del 18 de julio, Crítica, 2013 ; Julián Casanova, República y guerra civil, Crítica / Marcial Pons, 2007 ; et Carmelo Romero Salvador, El Frente Popular de izquierdas, 2026.
3Sur les causes internes du conflit – crise de l’État, violence politique, question agraire, réforme militaire, sécularisation et peurs sociales –, voir Julián Casanova, República y guerra civil ; Paul Preston, The Coming of the Spanish Civil War ; et Helen Graham, The Spanish Republic at War, 1936-1939.
4La formule « croisade » est instituée par la propagande franquiste et par une partie de la hiérarchie catholique espagnole. Sur le national-catholicisme et la sacralisation de la guerre, voir Hilari Raguer, La pólvora y el incienso, Península, 2001 ; Alfonso Botti, Cielo y dinero, Alianza, 1992 ; et Julián Casanova, La Iglesia de Franco, Crítica, 2001.
5Alfonso XIII quitte l’Espagne après les élections municipales d’avril 1931 sans abdiquer formellement dans l’immédiat ; les monarchistes alfonsins continuent ensuite d’agir pour une restauration. Sur les milieux monarchistes, Renovación Española et le Bloque Nacional, voir Eduardo González Calleja, Contrarrevolucionarios, Alianza, 2011, et Ángel Viñas, ¿Quién quiso la guerra civil?, Crítica, 2019.
6Sur Juan March, son rôle de bailleur, d’avaliste et de puissance financière des droites antirépublicaines, voir José Ángel Sánchez Asiaín, La financiación de la guerra civil española. Una aproximación histórica, Crítica, 2012 ; Ángel Viñas, ¿Quién quiso la guerra civil?, Crítica, 2019 ; et Mercedes Cabrera, Juan March (1880-1962), Marcial Pons, 2011.
7Sur le Dragon Rapide, l’affrètement par Luis Bolín, le départ de Croydon et le transfert de Franco vers le Maroc espagnol, voir Paul Preston, Franco. A Biography ; Ángel Viñas, ¿Quién quiso la guerra civil ? ; et les dossiers documentaires du Virtual Spanish Civil War Museum, « Avión Dragon Rapide ».
8La distinction entre argent disponible et crédit mobilisable est centrale chez José Ángel Sánchez Asiaín : la République paie largement avec l’épargne accumulée dans le passé, tandis que Burgos finance la guerre par l’endettement, c’est-à-dire par l’épargne future. Voir La financiación de la guerra civil española, Crítica, 2012.
9Ángel Viñas a mis au jour et commenté les quatre contrats signés à Rome le 1ᵉʳ juillet 1936 par Pedro Sainz Rodríguez avec la Società Idrovolanti Alta Italia. Voir Ángel Viñas, « Una sublevación militar con ayuda fascista », El País, 17 juillet 2012 ; Los mitos del 18 de julio, Crítica, 2013 ; et ¿Quién quiso la guerra civil?, Crítica, 2019.
10Les contrats dits « romains » portaient sur des avions, des bombes, du carburant, des mitrailleuses et des munitions pour un montant avoisinant 39 millions de lires. Les chiffres précis varient selon les présentations documentaires, mais la conclusion historique demeure : une aide aérienne et militaire est négociée avant le soulèvement du 17-18 juillet 1936.
11Sur l’engagement italien et la naissance de l’Aviation légionnaire, voir John F. Coverdale, Italian Intervention in the Spanish Civil War, Princeton University Press, 1975 ; Morten Heiberg, Emperadores del Mediterráneo, Crítica, 2004 ; et Ángel Viñas, ¿Quién quiso la guerra civil?.
12L’accord de non-intervention est proposé à l’été 1936, signé par vingt-sept États européens et suivi par la constitution à Londres du Comité de non-intervention, réuni à partir de septembre 1936. Voir Enrique Moradiellos, Neutralidad benévola, Pentalfa, 1990 ; Michael Alpert, A New International History of the Spanish Civil War, Palgrave, 1994 ; et Ángel Viñas, La soledad de la República, Crítica, 2006.
13La thèse de l’abstention non neutre est largement développée par Ángel Viñas dans La soledad de la República : l’embargo diplomatique et commercial frappe beaucoup plus durement le gouvernement légal que les insurgés, déjà aidés par l’Allemagne, l’Italie et le Portugal.
14Le Banco de España rappelle que la guerre divise le pays en deux zones, deux institutions d’émission et deux pesetas reconnues seulement dans leur zone respective ; une grande partie des réserves d’or est envoyée à Moscou et utilisée pour financer la guerre. Voir Banco de España, « Historia del Banco de España », section 1936-1939.
15Sur l’or de la Banque d’Espagne et la déformation propagandiste de l’expression « or de Moscou », voir Ángel Viñas, El oro español en la guerra civil, Ministerio de Hacienda, 1976 ; El oro de Moscú, Grijalbo, 1979 ; et La soledad de la República, Crítica, 2006.
16Sur les dettes de guerre contractées par le camp franquiste envers l’Italie et l’Allemagne, voir José Ángel Sánchez Asiaín, La financiación de la guerra civil española ; Gerald Howson, Arms for Spain, John Murray, 1998 ; et Robert H. Whealey, Hitler and Spain, University Press of Kentucky, 1989.
17Sur Texaco et l’approvisionnement pétrolier du camp franquiste, voir Adam Hochschild, Spain in Our Hearts, Houghton Mifflin Harcourt, 2016 ; Guillem Martínez Molinos, travaux sur Texaco et la guerre d’Espagne ; et Virtual Spanish Civil War Museum, « Texaco and Ford : Against Roosevelt and for Franco ». Les estimations courantes évoquent plus de 3,5 millions de tonnes de produits pétroliers vendus aux franquistes, pour environ 20 millions de dollars.
18Adam Hochschild souligne également que Torkild Rieber, dirigeant de Texaco, fournit non seulement du pétrole à crédit aux franquistes, mais transmet des informations sur des cargaisons destinées à la République. Voir Spain in Our Hearts, chapitres consacrés aux volontaires américains et aux entreprises pétrolières.

