Avant Guernica, Otxandio
La terreur aérienne au Pays basque, de la fête d’Otxandio au symbole de Guernica, 1936-1937
Anatomie d’une révolution. Recherche historique sur la révolution sociale pendant la Deuxième République espagnole, 1931-1939, et sur la guerre menée par la dictature totalitaire franquiste et ses alliés contre les populations civiles.
Ce que le symbole a effacé
Guernica est devenu le nom universel du bombardement des civils. Le tableau de Picasso, la campagne de presse, la charge symbolique de la ville des libertés basques ont fait de ce 26 avril 1937 la date fondatrice de la terreur aérienne. Cette gloire funèbre a pourtant un effet paradoxal : elle a effacé ce qui la précédait. Guernica n’inaugura rien. Elle couronna une méthode déjà éprouvée depuis neuf mois sur le même territoire, méthode dont la première pierre fut posée non sur une ville-symbole mais sur une place de village en fête, un jour de marché, quatre jours après le coup d’État.
Ce chapitre ne cherche pas à détrôner Guernica. Il cherche à lui rendre sa préhistoire. La terreur aérienne au Pays basque forme une gradation, d’Otxandio à Durango puis à Guernica, et c’est cette continuité, plus que n’importe quel bilan isolé, qui dit la nature du crime. La méthode fut inaugurée à Otxandio, industrialisée pendant une année de bombardements incessants, perfectionnée à Durango, portée à son comble à Guernica. Et l’oubli fut inversement proportionnel à l’horreur, puisque la première attaque et la plus longue campagne demeurent les moins connues.
Otxandio, 22 juillet 1936
Le soulèvement avait quatre jours. Otxandio, petite ville de Biscaye d’environ mille quatre cents habitants, célébrait les fêtes patronales de Santa Marina, commencées le 18 juillet, dans une population qui n’avait pour beaucoup qu’une idée vague de ce qui se tramait, un alzamiento en Afrique, disait-on.
Le 22 juillet vers neuf heures et demie du matin, deux Breguet XIX partis de l’aérodrome de Recajo, en Rioja, aux mains des insurgés, apparurent au-dessus de la place d’Andikona. Les appareils portaient peints les couleurs de la République. Volant très bas, sous les soixante-dix mètres, les pilotes saluèrent de la main la foule qui les acclamait et attirèrent par gestes un grand nombre d’enfants qui, comme les jours précédents, attendaient une pluie de tracts ou de bonbons. Ce qui brillait dans l’air n’était pas des papiers. Après plusieurs passages, les deux avions bombardèrent et mitraillèrent le centre pendant vingt-cinq minutes, en passes répétées, lâchant toutes leurs bombes sur la place où la population s’était rassemblée.1
Le bilan établi, gravé sur la plaque de la place d’Andikona et fixé par la recherche de Zigor Olabarria, est de soixante et un morts, en grande majorité des enfants et des femmes ; selon le décompte le plus précis, vingt-quatre étaient des mineurs, dont seize de moins de dix ans. En un seul bombardement, par deux avions, la ville perdit environ quatre pour cent de sa population. Paul Preston avance un bilan plus élevé, quatre-vingt-quatre morts dont quarante-cinq enfants et cent treize mutilés, sans référencer sa source, ce que la critique lui oppose.2
Deux faits font d’Otxandio davantage qu’un massacre de plus. Le premier est la ruse : les pilotes se firent acclamer avant de tuer, exploitèrent la confiance des enfants, et des témoins rapportent qu’ils souriaient en tirant. Ce n’était pas un objectif militaire manqué, c’était une population attirée puis fauchée. Les militaires rebelles justifièrent pourtant la tuerie en prétendant avoir frappé des groupes de rebelles concentrés à l’arrière de la ville : la place d’un village en fête, pleine d’enfants, fut ainsi maquillée en position militaire, et le déni naquit le jour même du crime.
Le second est le nom d’un des pilotes, car il referme une boucle que ce livre suit de chapitre en chapitre. L’un des Breguet était piloté par Ángel Salas Larrazábal, alors capitaine. Il servit ensuite dans l’Escadrille bleue aux côtés de l’Allemagne nazie sur le front de l’Union soviétique, poursuivit sa carrière sous le franquisme et au-delà, et mourut lieutenant-général, couvert de décorations, sans avoir jamais été inquiété.3 Le premier homme à avoir bombardé des enfants depuis le ciel espagnol termina dans les honneurs. La chaîne d’impunité que ce livre suit, d’Urraca à Arias Navarro, a ici son point d’origine : le tout premier bombardement eut lui aussi son coupable, et lui aussi mourut dans son lit.
Une année sous les bombes
Otxandio ne fut pas un épisode isolé mais le prélude d’une campagne. Le général Mola avait annoncé dès 1936 des bombardements indiscriminés, et ils ne cessèrent qu’en août 1937, à la chute du front nord.
L’ampleur de cette campagne se mesure en centaines d’opérations. Selon les données rassemblées par l’historien Xabier Irujo, directeur du Centre d’études basques de l’université du Nevada, Otxandio ouvrit une série qui compta jusqu’à deux mille quarante-deux bombardements sur le Pays basque jusqu’à sa chute au milieu de 1937, la localité la plus visée étant Legutio avec soixante-cinq attaques, suivie de Bilbao avec soixante-deux.4 Le musée de la Paix de Guernica avance, sur la base d’un autre mode de comptage, un total plus bas mais du même ordre de grandeur, plus de mille cent opérations de bombardement entre 1936 et août 1937, réparties en trois offensives, quatre-vingt-onze à l’été 1936, deux cent quatre-vingt-onze à l’automne-hiver, sept cent dix-huit au printemps 1937, cette dernière phase étant de loin la plus sanglante.5 L’écart entre ces deux totaux tient au périmètre retenu, opérations ou passages d’appareils, front ou seules populations civiles ; il n’altère pas le constat d’une campagne aérienne d’une intensité inédite, méthodique et continue pendant une année.
Ce chiffre, quel qu’en soit le décompte exact, est le fait le plus important et le plus oublié du chapitre. Guernica fut une journée. La campagne qui la précéda et l’engloba dura douze mois et frappa des dizaines de localités, Irún, Eibar, Aramaiona, Lamiako, Galdakao, Sondika, Bilbao, Elorrio, avant les attaques massives de Durango et de Guernica.6 La terreur aérienne au Pays basque ne fut pas un événement, ce fut un régime.
Durango, 31 mars 1937
L’offensive de printemps sur la Biscaye s’ouvrit le 31 mars 1937 par le bombardement de Durango, vingt-six jours avant Guernica. Il faut y insister, car la célébrité de Guernica a fait glisser Durango dans son ombre, jusqu’à en fausser parfois la chronologie : Durango précède Guernica, elle ne la suit pas.
Du 31 mars au 4 avril 1937, Durango subit quatre bombardements de l’Aviazione Legionaria italienne, qui larguèrent au total quatorze mille huit cent quarante kilos d’explosifs, causant de cent soixante-douze à trois cent trente-six morts, détruisant soixante et onze édifices et en endommageant deux cent trente-quatre.7 Parmi les bâtiments frappés figuraient des églises, et des religieux furent tués pendant l’office, fait que la propagande de la croisade eut quelque peine à expliquer. Durango fut, pour l’Europe, le premier bombardement massif d’une ville ouverte et indéfendue. Elle n’eut ni son George Steer ni son Picasso, et c’est pour cela qu’on l’a oubliée. Son sort ne diffère de celui de Guernica que par la mémoire, non par la nature.
Guernica, 26 avril 1937
Le lundi 26 avril 1937, jour de marché, entre seize heures vingt et dix-neuf heures quarante, Guernica fut attaquée par la Légion Condor allemande, appuyée par l’Aviazione Legionaria italienne. Un minimum de vingt-sept bombardiers, accompagnés de trente-deux chasseurs, larguèrent entre trente et une et quarante-six tonnes de bombes explosives et incendiaires. Les chasseurs mitraillaient la population pour la maintenir dans le centre urbain pendant que les vagues successives de bombardiers l’écrasaient. L’incendie provoqué par les bombes incendiaires ravagea plus de quatre-vingts pour cent des bâtiments et ne put être éteint pendant plusieurs jours.8
Deux traits relient directement Guernica aux chapitres précédents de cette recherche. Le premier est la méthode. L’attaque procéda par vagues espacées, sur plus de trois heures, exactement le principe du martèlement dilué dans le temps que l’aviation italienne appliquerait onze mois plus tard à Barcelone. La terreur aérienne avait sa doctrine, allemande à Guernica, italienne à Barcelone, et c’est la même. Le second est la sélection des cibles. Les objectifs militaires supposés, le petit pont de pierre sur la ria et les usines de guerre de la ville, dont les fabriques d’armes Unceta et Astra et les Talleres de Guernica qui produisaient des bombes d’aviation, ne furent pas atteints, non plus que la Casa de Juntas et le Chêne, symboles des libertés basques. Ce qui brûla, ce fut le centre habité. Une attaque qui épargne le pont et l’usine d’armes pour raser les maisons n’est pas une attaque manquée : c’est une attaque réussie contre une autre cible que celle qu’elle prétendait viser.
La bataille des chiffres
Le nombre de morts de Guernica est devenu un champ de bataille politique qui dure encore, et il faut le traverser avec méthode, car c’est le seul point de ce chapitre où un lecteur de mauvaise foi pourra vous attendre.
Les chiffres vont de un à seize. Le gouvernement basque d’Aguirre avança d’abord mille six cent cinquante-quatre morts et huit cent quatre-vingt-neuf blessés, bilan aussitôt suspect puisque les blessés y sont moins nombreux que les morts, l’inverse de tout bombardement, et que Leizaola rectifia une semaine plus tard à cinq cent quatre-vingt-douze. À l’autre extrême, la version franquiste du rapport Herrán affirma que le nombre de morts n’atteignait pas cent, et le général Salas Larrazábal dressa une liste nominative qu’il fixa à cent vingt-six, chiffre repris depuis par toute une école, tandis que Ricardo de la Cierva descendit jusqu’à moins d’une douzaine. Entre ces extrêmes, les historiens non alignés convergent : Cástor de Uriarte, architecte municipal de Guernica, estima les morts à deux cent cinquante, Raúl Arias Ramos à deux cent cinquante, Solé i Sabaté et Villarroya à trois cents, James Corum à environ trois cents, et Hugh Thomas, le plus honnête, reconnut qu’il est extrêmement difficile de fixer le nombre, les calculs allant de mille six cents à cent.9
La position tenable est celle-ci, et elle est la vôtre par méthode. On retient la fourchette de deux cent cinquante à trois cents morts comme estimation historiographique dominante, on mentionne les cent vingt-six identifiés nominativement comme un plancher documentaire, et l’on présente les mille six cent cinquante-quatre comme un chiffre de propagande de guerre, non pour minimiser le crime mais parce qu’un chiffre gonflé, cité sans précaution, devient l’arme de ceux qui veulent nier l’ensemble.
Car l’essentiel est ailleurs, et il faut le dire fermement : le nombre de morts ne change rien à la nature du crime. Que Guernica ait fait cent vingt-six ou mille six cent cinquante-quatre morts, ce fut le bombardement délibéré, par vagues, pendant trois heures, d’une ville ouverte un jour de marché, par une force aérienne étrangère, à titre d’expérimentation, avec incendie du centre habité et mitraillage de la population en fuite. La signification de Guernica n’est pas quantitative, elle est qualitative. Otxandio l’établit d’ailleurs par avance : soixante et un morts sur une place de village suffisent à faire un crime contre l’humanité, et le nombre n’a jamais été la mesure de l’horreur.
Le déni, et le pardon
Le crime fut nié par ses auteurs le jour même. Les mêmes qui avaient bombardé Guernica la déclarèrent incendiée par les rouges en retraite, thèse du rapport Herrán, imprimée et diffusée à Londres en 1938 pour contrer les dépêches de la presse internationale. Cette imposture a la vie dure : elle ressurgit périodiquement, et jusqu’en 2025 une partie de la presse conservatrice a exploité la révision à la baisse des chiffres pour parler de mythe et d’invention de la propagande britannique. C’est la seule cible que ce chapitre puisse railler, non les morts mais le déni : ceux qui rasèrent la ville accusèrent leurs victimes de l’avoir brûlée, et quatre-vingt-dix ans plus tard leurs héritiers recyclent l’accusation.
Contre ce déni, l’Histoire a fini par prononcer un mot rare dans ce livre. En novembre 2025, l’Allemagne et l’Espagne demandèrent conjointement pardon pour le bombardement, en présence du président allemand, du roi Felipe VI et du lehendakari, dans un hommage aux victimes.10 Guernica est le seul de tous les cas étudiés dans cette recherche où l’État responsable a fini par reconnaître le crime. Encore faut-il préciser lequel : ce fut l’Allemagne. De l’Espagne franquiste, puis de ses continuateurs, jamais aucune reconnaissance des bombardements d’Otxandio, de Durango ou de Guernica n’est venue avec la même solennité. La dissymétrie est la conclusion de ce chapitre. L’auteur allemand a demandé pardon ; l’auteur espagnol a décoré ses pilotes.
Conclusion
La terreur aérienne au Pays basque ne commença pas à Guernica et ne s’y résume pas. Elle commença à Otxandio le 22 juillet 1936, sur une fête d’enfants, quatre jours après le coup d’État. Elle se poursuivit une année entière, en un ou deux milliers de bombardements selon les décomptes, sur des dizaines de localités. Elle culmina à Durango le 31 mars 1937, puis à Guernica le 26 avril, dont le nom a fini par recouvrir tous les autres.
Ce recouvrement n’est pas une injustice de la mémoire à réparer contre Guernica, mais une invitation à comprendre ce que Guernica condense. Le symbole est juste, à condition de savoir qu’il a une préhistoire, et que cette préhistoire dit la même chose que lui, plus tôt et plus longtemps. Le premier avion qui attira des enfants par des saluts avant de les mitrailler portait, peintes sur ses ailes, les couleurs de la République qu’il servait à détruire. Tout était déjà là, le 22 juillet 1936, sur la place d’Andikona : la population civile pour cible, la ruse pour méthode, le déni pour épilogue et l’impunité pour récompense. Guernica n’a fait que l’écrire en grand, assez grand pour que le monde le voie enfin.
Note sur l’état de la preuve
Faits établis. Le bombardement d’Otxandio le 22 juillet 1936, ses deux Breguet XIX partis de Recajo, la ruse des pilotes et le bilan de soixante et un morts nominatifs. L’identité d’Ángel Salas Larrazábal, sa participation ultérieure à l’Escadrille bleue et sa carrière décorée sans poursuite. Le bombardement de Durango du 31 mars au 4 avril 1937 par l’Aviazione Legionaria, ses quatorze mille huit cent quarante kilos d’explosifs et sa fourchette de cent soixante-douze à trois cent trente-six morts. Le bombardement de Guernica le 26 avril 1937 par la Légion Condor appuyée par l’aviation italienne, sa durée, son tonnage et la destruction de plus de quatre-vingts pour cent de la ville. La demande de pardon conjointe germano-espagnole de novembre 2025.
Attestations à consolider. Le total des bombardements sur le Pays basque, deux mille quarante-deux selon Xabier Irujo, plus de mille cent selon le musée de la Paix de Guernica, les deux décomptes devant être présentés ensemble avec leur méthode respective. Le bilan d’Otxandio selon Paul Preston, quatre-vingt-quatre morts, non référencé. Le nombre exact de morts de Guernica, la fourchette de deux cent cinquante à trois cents étant l’estimation dominante, cent vingt-six le plancher nominatif, mille six cent cinquante-quatre le chiffre de propagande à écarter comme total établi. La part précise de l’aviation italienne dans le raid de Guernica, aux côtés de la Légion Condor.
Écarté en l’état. La thèse du rapport Herrán selon laquelle Guernica aurait été incendiée par les forces républicaines en retraite, imposture forgée par les auteurs du bombardement. Le chiffre de mille six cent cinquante-quatre morts présenté comme un bilan établi plutôt que comme une donnée de propagande. Toute lecture opposant Otxandio à Guernica pour minimiser cette dernière : la gradation les relie, elle ne les oppose pas. L’idée que le nombre de victimes déterminerait la gravité du crime, réfutée par Otxandio même.
Appel à contribution
Ce travail avance par vérification et non par accumulation. Toute donnée vérifiable, référence d’archive, cote, procès-verbal ou pièce d’état civil est la bienvenue. Sont particulièrement recherchés, pour ce chapitre, les listes nominatives de victimes d’Otxandio, de Durango et des localités basques bombardées entre 1936 et 1937, ainsi que tout document d’archive militaire, allemand, italien ou espagnol, relatif à ces opérations. Les lecteurs qui disposeraient de tels éléments peuvent nous les soumettre : ils seront examinés, et le cas échéant intégrés avec mention de leur provenance.
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Repères bibliographiques
Xabier Irujo, Gernika, 1937. The Market Day Massacre, University of Nevada Press, 2015.
Zigor Olabarria Oleaga, Gerra Zibila Otxandion, Eusko Ikaskuntza, Donostia, 2011.
Jon Irazabal Agirre, 1937 martxoak 31 Durango. 31 de marzo de 1937, Gerediaga Elkartea, Abadiño, 2001.
Josep Maria Solé i Sabaté et Joan Villarroya, España en llamas. La Guerra Civil desde el aire, Temas de Hoy, 2003.
Raúl Arias Ramos, La Legión Cóndor en la Guerra Civil, La Esfera de los Libros, 2003.
Nicholas Rankin, Telegram from Guernica. The Extraordinary Life of George Steer, War Correspondent, Faber, 2003.
1Sur le bombardement d’Otxandio du 22 juillet 1936, les deux Breguet XIX venus de l’aérodrome de Recajo, la ruse des pilotes et le déroulement, voir Zigor Olabarria Oleaga, Gerra Zibila Otxandion, Eusko Ikaskuntza, 2011, et Jon Irazabal Agirre, Otxandio en la Guerra Civil, 1936-1937, Ayuntamiento de Otxandio, 2006.
2Le bilan de soixante et un morts est celui de la plaque commémorative de la place d’Andikona et du décompte d’Olabarria ; vingt-quatre mineurs, dont seize de moins de dix ans. Paul Preston, El holocausto español, Debate, 2011, p. 565, avance quatre-vingt-quatre morts dont quarante-cinq enfants et cent treize mutilés, sans référence de source. La monographie d’Olabarria note que le total pourrait être supérieur, des blessés transportés à Bilbao ayant pu mourir ensuite.
3Ángel Salas Larrazábal, capitaine en 1936, pilote de l’un des deux Breguet ; ultérieurement membre de l’Escadrille bleue sur le front de l’Est, il fit carrière sous le franquisme et mourut lieutenant-général. Son frère, le général Jesús María Salas Larrazábal, est l’auteur des estimations basses des victimes de Guernica, ce qui invite à la prudence sur cette source.
4Données de Xabier Irujo, directeur du Centre d’études basques de l’université du Nevada : jusqu’à deux mille quarante-deux bombardements sur le Pays basque jusqu’à sa chute au milieu de 1937, Legutio la plus visée avec soixante-cinq attaques, Bilbao avec soixante-deux.
5Musée de la Paix de Guernica : plus de mille cent opérations de bombardement entre 1936 et août 1937, réparties en quatre-vingt-onze à l’été 1936, deux cent quatre-vingt-onze à l’automne-hiver 1936-1937 et sept cent dix-huit au printemps 1937. L’écart avec le total d’Irujo tient au périmètre du comptage.
6La liste des localités basques bombardées avant Durango et Guernica est donnée notamment par les travaux réunis autour du musée de la Paix de Guernica et de la Fondation Sabino Arana.
7Durango, du 31 mars au 4 avril 1937 : quatre bombardements de l’Aviazione Legionaria, quatorze mille huit cent quarante kilos d’explosifs, de cent soixante-douze à trois cent trente-six morts, soixante et onze édifices détruits, deux cent trente-quatre endommagés. Voir Jon Irazabal Agirre, 1937 martxoak 31 Durango, Gerediaga Elkartea, 2001.
8Guernica, 26 avril 1937, de seize heures vingt à dix-neuf heures quarante : au minimum vingt-sept bombardiers et trente-deux chasseurs, entre trente et une et quarante-six tonnes de bombes, plus de quatre-vingts pour cent des bâtiments détruits. L’opération est parfois désignée sous le nom de code Rügen. Voir Xabier Irujo, Gernika, 1937. The Market Day Massacre, University of Nevada Press, 2015.
9Sur la controverse des chiffres : gouvernement basque, mille six cent cinquante-quatre morts, rectifiés à cinq cent quatre-vingt-douze par Leizaola ; rapport Herrán, moins de cent ; Jesús María Salas Larrazábal, cent vingt-six identifiés ; Cástor de Uriarte et Raúl Arias Ramos, environ deux cent cinquante ; Solé i Sabaté et Villarroya et James Corum, environ trois cents ; Hugh Thomas, calculs allant de cent à mille six cents. La fourchette de deux cent cinquante à trois cents est l’estimation historiographique dominante.
10Demande de pardon conjointe de l’Allemagne et de l’Espagne, novembre 2025, en présence du président fédéral allemand, du roi Felipe VI et du lehendakari. C’est le seul cas, parmi ceux étudiés dans cette recherche, où l’État responsable a formellement reconnu le crime ; la reconnaissance vint de l’Allemagne, non de l’Espagne.