Programme de recherche sur la République espagnole en exil
En 1939, la République espagnole perdit le territoire qu’elle gouvernait. Elle ne disparut pas pour autant.
En 1939, la République espagnole perd le territoire qu’elle gouvernait — mais pas son gouvernement. Ministères, défense, services de renseignement, diplomatie et radio continuent d’agir depuis l’exil, jusqu’en 1977. Ce programme de recherche vise à en reconstituer le fonctionnement réel, organisation par organisation, personne par personne.
Sommaire
Le gouvernement et son armée
- Un gouvernement dont il faut retrouver le fonctionnement réel
- Une fonction militaire qui ne disparaît pas en 1939
- AFARE et l’« Ejército del Interior »
Renseignement et services clandestins
- Que savait le gouvernement républicain ?
- Les services clandestins de la République
- 1946 : l’affaire Vicente Santiago Hodgson
- Renseignement militaire et diplomatie
Une diplomatie sans territoire
- Une diplomatie sans territoire
- Israël : deux gouvernements espagnols devant le même État
- Les services consulaires et la protection des exilés
- La République et l’opposition à Salazar
La guerre des ondes
Les hommes de l’exil : retours, camps et générations
- 1945 : ceux qui revenaient de la guerre
- Les survivants des camps nazis
- Les enfants de l’exil entrent dans la lutte
Nationalismes et reprise de la lutte armée
- Du bataillon Gernika à ETA : le dossier basque
- La Generalitat et la clandestinité catalane
- Defensa Interior et la reprise de la lutte armée libertaire
- Juan Perea Capulino et les autres projets militaires
Méthode et appel à contributions
- Retrouver les personnes derrière les organisations
- Un appel aux universités, chercheurs, participants et familles
- Les documents recherchés
- Chaque article pourra devenir un appel à recherche
- Une recherche ouverte
- Principales sources et orientations documentaires
Un appel aux universités, chercheurs, participants et familles
Une grande partie de cette histoire ne se trouve pas encore dans les archives publiques : elle dort dans des tiroirs, des albums de famille, des cartons et des boîtes à souvenirs.
Espagne 1936 lance donc un appel aux universitaires, historiens, archivistes, chercheurs, associations, anciens participants, témoins, familles et descendants qui conserveraient des informations ou des documents relatifs à la République espagnole en exil et aux différentes formes de la lutte antifranquiste entre 1939 et 1977.
Même un document isolé peut compter : une correspondance, un carnet, une photographie annotée, une carte de combattant ou de résistant, un passeport, un faux papier, un tract, un document militaire ou consulaire, un témoignage écrit ou oral.
Nos engagements envers les contributeurs
- Vous restez propriétaire. Une copie numérique suffit. Aucun original n’a besoin d’être cédé.
- L’anonymat est possible. Le nom d’une famille, d’un témoin ou d’un contributeur peut ne pas apparaître si celui-ci le demande.
- Les documents sont replacés dans leur contexte historique. Les archives privées et les témoignages sont confrontés, autant que possible, à d’autres sources.
- Rien n’est attribué ou publié sans indication claire de sa provenance et, lorsqu’il s’agit d’un fonds privé, sans accord de son détenteur.
Vous pensez détenir un document ou une information utile ?
→ Écrire à l’équipe de recherche historique
→ Voir la liste détaillée des documents recherchés
Cette distinction, apparemment simple, ouvre un champ historique beaucoup plus vaste qu’on ne le suppose généralement. Pendant plusieurs décennies, jusqu’en 1977, subsistèrent une présidence de la République, des gouvernements successifs, des ministères, des représentations diplomatiques et consulaires, des services d’information, des structures militaires et des relations clandestines avec l’intérieur de l’Espagne.
La catégorie République espagnole en exil sera consacrée à la reconstruction progressive de cette histoire. Elle ne partira pas d’une conclusion préétablie, mais des archives, des correspondances, des témoignages confrontés aux documents et des travaux universitaires disponibles.
Cette enquête prolonge également la méthode exposée dans notre rubrique Recherche historique : retrouver les pièces, vérifier leur provenance, distinguer les faits établis des hypothèses et signaler clairement ce qui reste encore à démontrer.
Elle complète enfin les premiers dossiers déjà publiés sur la République espagnole après 1939 et sur l’armée républicaine dans l’exil, qui ont fait apparaître l’étendue des questions encore ouvertes.
Un gouvernement dont il faut retrouver le fonctionnement réel
Il ne suffit plus de constater que des présidents et des ministres de la République continuèrent à exercer leurs fonctions après 1939. Il faut déterminer ce que ces institutions faisaient réellement.
Les archives de la République espagnole en exil conservées par la Fundación Universitaria Española donnent déjà une première réponse. Leur classement comprend notamment la Présidence de la République, la Présidence du Conseil des ministres, les ministères d’État, de la Justice, des Finances, de l’Intérieur, de la Défense nationale, de l’Information ou de l’Émigration.
Ces fonds ne sont pas les archives d’une association créée pour entretenir le souvenir de la République : ce sont les documents produits par des organismes qui continuaient à fonctionner comme les institutions du gouvernement républicain espagnol.
Le premier objectif de cette série sera donc de reconstituer, gouvernement après gouvernement, les administrations, les responsables, les budgets, les correspondances, les décisions et les moyens dont ils disposaient.
Une fonction militaire qui ne disparaît pas en 1939
La question militaire occupera une place particulière.
Il serait historiquement inexact d’imaginer qu’une armée républicaine régulière, demeurée intacte depuis 1939, aurait continué à fonctionner pendant trente-huit ans hors du territoire espagnol. Mais l’excès inverse serait tout aussi trompeur : la fonction militaire ne disparut pas avec la perte du territoire.
Les archives distinguent un Ministerio de Defensa Nacional. Plus tard, Emilio Herrera Linares exerça les fonctions de ministre des Affaires militaires entre 1951 et 1960.
Plus remarquable encore, des documents des années 1952-1955 s’adressent aux :
« Generales, Jefes, Oficiales, Clases y Soldados del Ejército de la República Española en el Exilio ».
Que recouvrait exactement cette expression ? Existait-il encore des listes de cadres ? Des grades reconnus ? Une organisation territoriale ? Des correspondances régulières ? Des plans destinés à l’hypothèse d’une disparition de Franco ?
Ces questions feront l’objet d’un dossier spécifique.
AFARE et l’« Ejército del Interior »
Un autre ensemble documentaire nous conduit directement à l’intérieur de l’Espagne franquiste.
L’Archivo Histórico del Partido Comunista de España conserve un fonds relatif à l’Agrupación de Fuerzas Armadas de la República Española, l’AFARE.
En février 1946, sa Junta Suprema rédige un rapport consacré aux caractéristiques que devait posséder un Ejército del Interior. En mars, une circulaire réservée aux mandos superiores ordonne de préparer la constitution d’une armée à l’intérieur de l’Espagne et demande la liste des chefs, officiers et sous-officiers susceptibles de rejoindre les nouvelles unités, avec leurs « nombres de guerra ».
Il ne s’agit donc pas seulement d’un vocabulaire militaire employé à des fins de propagande.
On retrouve une Junta Suprema, une Secretaría General, des cadres, des procédures de recrutement, des identités clandestines et des projets d’organisation d’unités sur le territoire espagnol.
Que savait le gouvernement républicain ?
C’est l’une des questions centrales de cette recherche.
L’existence d’une organisation autonome ne permet pas de conclure qu’elle agissait à l’insu du gouvernement. Inversement, l’existence de contacts ne suffit pas à établir une relation de commandement.
Nous utiliserons donc pour tous les futurs dossiers une même gradation :
- connaissance ;
- contact ;
- concertation ;
- soutien matériel ou financier ;
- autorisation ;
- participation ;
- commandement.
Dans le cas de l’AFARE, plusieurs de ces niveaux sont déjà documentés.
En avril 1946, l’organisation rend compte de sa situation et de ses besoins. En juin, la Junta Suprema del Ejército del Interior écrit directement au président de la République. Une délégation de l’AFARE se rend à Paris afin de rencontrer le général Juan Hernández Saravia.
Puis, en juillet 1946, les archives conservent les conclusions d’une entrevue entre des représentants de l’AFARE et deux membres du gouvernement républicain : Santiago Carrillo et Hernández Saravia.
Une correspondance entre Carrillo et José Giral fait également apparaître une « cantidad presupuestada » destinée à l’AFARE.
Son montant, son origine comptable et son versement effectif restent à établir. Mais une chose peut déjà être affirmée : le gouvernement connaissait l’organisation, rencontrait ses représentants et discutait avec eux de leurs besoins.
Les services clandestins de la République
L’AFARE ne représente qu’une partie du dossier.
D’autres archives mentionnent un delegado en el país du gouvernement Giral, une Secretaría General de Información et même les « pasos que utiliza el Gobierno en el exilio para entrar en España » : les voies employées par le gouvernement en exil pour pénétrer clandestinement sur le territoire espagnol.
L’étude de ces réseaux devra permettre de répondre à des questions encore largement ouvertes : qui étaient les agents ? Comment les informations franchissaient-elles les Pyrénées ? Quels passeurs, courriers ou systèmes de chiffrement étaient employés ? Quels contacts existaient avec les services français, britanniques ou d’autres pays alliés ?
1946 : l’affaire Vicente Santiago Hodgson
Un épisode constitue déjà une pièce majeure du dossier.
Au début d’octobre 1946, Vicente Santiago Hodgson, responsable de la sécurité et de l’information du gouvernement républicain en exil, traverse clandestinement l’Espagne afin de rencontrer à Barcelone des responsables de l’Estado Mayor General.
Les recherches de l’historien Emilio Grandío Seoane établissent que cette mission n’est pas une initiative individuelle : Diego Martínez Barrio, président de la République, José Giral, président du gouvernement, et Manuel Torres Campañá, ministre de l’Intérieur, en ont connaissance et l’autorisent.
Les services de l’état-major espagnol doivent même assurer clandestinement la protection de Hodgson pendant son déplacement.
Cette affaire fera l’objet d’une enquête particulière : quels officiers furent rencontrés ? Quelles propositions furent discutées ? Existe-t-il un rapport de retour de mission ? D’autres rencontres eurent-elles lieu ?
Renseignement militaire et diplomatie
La frontière entre renseignement et diplomatie apparaît également dans l’affaire des fortifications franquistes des Pyrénées.
En 1946, un rapport attribué au général Hernández Saravia, alors responsable de la Défense du gouvernement républicain en exil, est utilisé dans le cadre des débats internationaux concernant le régime de Franco.
Le document porte sur les installations militaires et les fortifications des Pyrénées.
Cette affaire permettra d’étudier un mécanisme particulièrement intéressant :
renseignement intérieur → ministère républicain → diplomatie internationale → Nations unies.
Une diplomatie sans territoire
La République en exil continua également à exercer une politique extérieure.
Des États maintinrent ou accordèrent leur reconnaissance au gouvernement républicain. Des ambassadeurs, chargés d’affaires, ministres plénipotentiaires et délégations continuèrent à agir dans plusieurs pays et auprès d’organisations internationales.
La recherche devra reprendre ce dossier pays par pays, sans répéter mécaniquement des chiffres de reconnaissances diplomatiques dont les critères varient selon les auteurs.
Pour chaque État seront recherchés la date et la nature de la reconnaissance, les représentants républicains, la durée des relations, les archives correspondantes et les circonstances éventuelles de leur interruption.
Israël : deux gouvernements espagnols devant le même État
Le dossier israélien constitue un exemple particulièrement révélateur.
Après la création de l’État d’Israël en mai 1948, le gouvernement républicain entreprend des démarches afin d’obtenir sa reconnaissance.
Le 22 avril 1949, Walter Eytan, directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères, reçoit d’abord un représentant du gouvernement franquiste.
Quelques minutes plus tard, il reçoit Julio de Huici, envoyé spécial et ministre plénipotentiaire du gouvernement républicain espagnol.
Les deux représentants revendiquent le droit de parler au nom de l’Espagne et demandent chacun la reconnaissance du gouvernement qu’ils représentent.
La scène résume une réalité trop souvent oubliée : dix ans après la perte du territoire républicain, deux gouvernements espagnols concurrents se disputaient encore la reconnaissance d’un État tiers.
Les relations ultérieures entre Israël et les institutions républicaines feront l’objet d’une étude séparée.
Les services consulaires et la protection des exilés
La diplomatie ne se limitait pas aux reconnaissances gouvernementales.
Les fonds de Salvador Etcheverría Brañas, directeur des services consulaires de la République à partir de 1953, conservent des correspondances concernant notamment l’Allemagne, les États-Unis, le Royaume-Uni, Israël, l’Uruguay et la Yougoslavie.
Il faudra également étudier les interventions effectuées auprès des administrations étrangères en faveur des réfugiés espagnols : visas, titres de séjour, passeports, naturalisations, extraditions et protection administrative.
Ces actes constituent une dimension particulièrement concrète de la continuité gouvernementale.
La République et l’opposition à Salazar
Le Portugal constitue un autre dossier important.
À partir des années 1950, le gouvernement républicain entretient des relations avec différentes composantes de l’opposition portugaise. Ces démarches conduisent notamment, en septembre 1960, à un accord luso-espagnol de résistance démocratique aux dictatures de la péninsule Ibérique.
Les relations avec Humberto Delgado, les projets de coopération, les réseaux transfrontaliers et les éventuelles aides matérielles devront être documentés séparément.
Radio República Española et la guerre des ondes
Une autre forme d’action visait directement la population demeurée en Espagne.
Radio República Española commence à émettre depuis Perpignan en avril 1949. La radio doit permettre au gouvernement républicain de franchir politiquement une frontière qu’il ne contrôle plus territorialement.
Son financement, ses responsables, ses programmes, la réception de ses émissions en Espagne, les réactions du gouvernement franquiste et les tentatives ultérieures de relancer une station feront l’objet d’un dossier spécifique.
Radio Euzkadi sera étudiée séparément, puisqu’elle dépendait du gouvernement basque en exil. Son histoire permettra toutefois d’observer les pressions exercées par le pouvoir franquiste sur la France pour faire disparaître du territoire français une voix gouvernementale antifranquiste.
1945 : ceux qui revenaient de la guerre
L’histoire des institutions serait pourtant incomplète sans celle des hommes et des femmes qui les entouraient.
En 1945, des milliers d’Espagnols possèdent déjà l’expérience de deux guerres.
Certains avaient combattu en Espagne entre 1936 et 1939 avant de poursuivre la lutte dans la Résistance française, les maquis, les Forces françaises libres ou d’autres unités alliées. Certains avaient servi dans des formations comme La Nueve. D’autres avaient organisé des passages clandestins, participé à des réseaux de renseignement ou pratiqué la guérilla.
D’autres encore revenaient des camps de concentration nazis.
La question devient alors essentielle : que devinrent ces hommes après la victoire sur l’Allemagne nazie ?
Combien rejoignirent les organisations antifranquistes ? Combien participèrent ensuite aux maquis en Espagne, à l’AFARE, aux réseaux de renseignement, à la CNT, au PCE ou aux organisations basques et catalanes ?
Leur parcours individuel devra être reconstitué.
Les survivants des camps nazis
Les rescapés espagnols des camps ne doivent pas apparaître uniquement comme des victimes dont l’histoire politique se serait terminée en 1945.
La Federación Española de Deportados e Internados Políticos, la FEDIP, fut créée après la libération. Ses archives et celles des associations d’anciens déportés permettront d’étudier leur participation à la lutte antifranquiste, leurs relations avec les institutions républicaines et leur action internationale.
Du bataillon Gernika à ETA : le dossier basque
Le dossier basque devra commencer bien avant la création d’ETA.
Il faudra suivre la continuité allant du gouvernement basque de 1936 à l’exil, aux réseaux de renseignement, au bataillon Gernika engagé aux côtés des forces françaises en 1945, puis au gouvernement de José Antonio Aguirre, aux organisations de jeunesse et aux fractures générationnelles des années 1950.
ETA naît en 1959 dans cet environnement historique, mais elle ne doit être confondue ni avec le PNV ni avec le gouvernement basque en exil.
L’objectif sera précisément de déterminer, période après période, la nature réelle de leurs relations : dialogue, conflit, médiation, solidarité face à la répression, assistance aux réfugiés ou rupture politique.
La Generalitat et la clandestinité catalane
Une enquête comparable concernera la Catalogne.
La Generalitat en exil, ERC, le Consell Nacional de Catalunya, le Front Nacional de Catalunya et les organisations clandestines ultérieures devront être étudiés séparément.
Le Front Nacional de Catalunya dispose dès les années 1940 de réseaux de passage, de structures clandestines et de relations avec différents services alliés.
Il faudra rechercher les rapports de ces organisations avec la légalité républicaine, mais aussi leurs divergences sur l’autonomie, l’indépendance et l’avenir institutionnel de la Catalogne.
Les enfants de l’exil entrent dans la lutte
À la fin des années 1950 et au début des années 1960 apparaît une autre génération.
Ce ne sont plus seulement les anciens combattants de 1936 qui poursuivent l’opposition à Franco. Leurs enfants entrent à leur tour dans la clandestinité.
Élevés en France ou dans d’autres pays d’exil, certains rejoignent les organisations de jeunesse libertaires, républicaines ou nationalistes. Ils héritent d’une histoire familiale mais développent leurs propres stratégies, parfois en opposition aux choix de la génération précédente.
Cette transmission politique constitue un objet historique en soi.
Defensa Interior et la reprise de la lutte armée libertaire
Dans le mouvement libertaire, la création de Defensa Interior au début des années 1960 marque une reprise organisée de l’action directe contre la dictature.
La recherche devra suivre cette histoire de manière continue : Defensa Interior, Grupo Primero de Mayo, réseaux de la FIJL, puis MIL, GARI et autres structures apparues jusqu’en 1975.
Il faudra notamment identifier les continuités humaines entre anciens combattants, militants de l’exil et deuxième génération.
Pour chacune de ces organisations, une autre question sera systématiquement posée : que savait le gouvernement républicain en exil ?
L’absence de dépendance organique ne suffira jamais à conclure à l’absence de relations. Il faudra rechercher correspondances, rencontres, interventions diplomatiques, aides éventuelles, condamnations, encouragements ou connaissance préalable des projets.
Juan Perea Capulino et les autres projets militaires
Les années 1960 voient également apparaître plusieurs projets de réorganisation militaire républicaine.
Le général Juan Perea Capulino, José del Barrio et Vicente López Tovar participent ainsi à un Movimiento por la III República associé à un projet d’Ejército Republicano.
D’autres initiatives, comme celles de Valentín González « El Campesino » ou de l’Unión de Combatientes Españoles, devront être étudiées et distinguées les unes des autres.
Là encore, l’objectif sera de déterminer leurs relations éventuelles avec le gouvernement républicain en exil, sans transformer un contact en subordination si les archives ne le démontrent pas.
Retrouver les personnes derrière les organisations
Chaque dossier sera accompagné, autant que possible, d’une recherche prosopographique.
Pour chaque personne identifiée seront recherchés :
- son parcours avant 1936 ;
- son rôle pendant la guerre d’Espagne ;
- les circonstances de son exil ;
- sa participation éventuelle à la Résistance ou aux armées alliées ;
- une éventuelle déportation ;
- ses appartenances politiques ;
- ses fonctions après 1945 ;
- ses relations avec les institutions républicaines ;
- ses éventuelles activités clandestines ;
- ses archives personnelles connues.
Cette méthode permettra peut-être de retrouver une continuité que les classements institutionnels font disparaître :
1936 → exil → Résistance → clandestinité antifranquiste → seconde génération.
Les documents recherchés
Cette recherche ne peut se limiter aux documents aujourd’hui disponibles en ligne.
Une partie de cette histoire se trouve encore dans les universités, les archives nationales, départementales et municipales, les associations d’anciens combattants, les fonds de déportés, les centres documentaires espagnols, français et étrangers.
Mais une autre partie demeure vraisemblablement dans des archives privées.
Nous recherchons notamment :
- correspondances privées ;
- carnets personnels ;
- documents militaires ;
- cartes de combattant ou de résistant ;
- attestations FFI ou FTP ;
- documents concernant les camps nazis ;
- photographies annotées ;
- faux papiers ;
- passeports et documents consulaires ;
- carnets d’adresses ;
- tracts et journaux clandestins ;
- documents de l’AFARE ou de l’Ejército del Interior ;
- archives des mouvements libertaires ;
- documents relatifs aux organisations basques ou catalanes ;
- enregistrements et textes radiophoniques ;
- correspondances adressées aux membres du gouvernement républicain en exil ;
- documents permettant d’identifier les anciens résistants, militaires ou déportés ayant ensuite repris une activité antifranquiste ;
- archives concernant les enfants de l’exil engagés dans les organisations clandestines des années 1950 à 1975.
Un document n’a pas besoin d’être spectaculaire pour présenter un intérêt historique.
Un nom inscrit au verso d’une photographie, une date dans un carnet, une lettre mentionnant une réunion, un ancien passeport ou la copie d’un document d’identité peuvent permettre d’établir une relation que les archives administratives ne montrent pas.
Les témoignages personnels seront également recherchés. Ils seront considérés comme des sources historiques : recueillis avec précision, datés autant que possible et confrontés aux autres documents disponibles.
Aucun détenteur d’archives privées n’a besoin de céder ses originaux. Une reproduction numérique accompagnée de quelques informations sur la provenance du document et son histoire de conservation peut déjà constituer une contribution précieuse.
→ Signaler un document, une archive ou un témoignage
Chaque article pourra devenir un appel à recherche
Cette série ne présentera pas une histoire artificiellement achevée.
Lorsqu’un fait sera établi, ses sources seront indiquées. Lorsqu’une pièce manquera, son absence sera signalée. Lorsqu’une affirmation reposera encore sur un témoignage ou une source secondaire, cela sera précisé.
Certains articles pourront ainsi se terminer par une rubrique intitulée :
Documents recherchés
Par exemple :
Nous recherchons toute documentation permettant d’identifier les membres de l’AFARE ayant auparavant participé à la Résistance française.
Ou :
Nous recherchons la documentation comptable permettant d’établir le montant et le versement de la « cantidad presupuestada » destinée à l’AFARE en 1946.
Ou encore :
Nous recherchons les correspondances, archives familiales ou témoignages permettant de suivre le passage d’une première génération de combattants de 1936-1939 à leurs enfants engagés dans les mouvements antifranquistes des années 1960 et 1970.
La publication deviendra ainsi elle-même un instrument de recherche.
Une recherche ouverte
Le projet Espagne 1936 entend reconstruire cette histoire par étapes, sans confondre des organisations différentes et sans réduire l’antifranquisme à une structure unique.
Nous chercherons à déterminer ce que le gouvernement républicain savait, ce qu’il décidait, ce qu’il finançait, ce qu’il autorisait et avec qui il négociait.
Nous chercherons également les organisations qu’il ne contrôlait pas mais qu’il connaissait, celles avec lesquelles il entretenait des relations ponctuelles et celles qui agirent entièrement indépendamment de lui.
Enfin, il faudra retrouver les femmes et les hommes qui donnèrent une réalité humaine à ces institutions et à ces réseaux : ministres, diplomates, officiers, agents de renseignement, résistants, déportés, passeurs, guérilleros, journalistes, militants clandestins et enfants de l’exil.
La République espagnole avait perdu son territoire.
Reste maintenant à retrouver, archive après archive, jusqu’où elle continua d’agir — et avec qui.
Principales sources et orientations documentaires
Fundación Universitaria Española — Archivo del Gobierno de la II República Española en el Exilio.
Inventaires et fonds relatifs aux différents ministères et aux activités gouvernementales, diplomatiques, militaires et consulaires.
Consulter la présentation des fonds de la République espagnole en exil.
Archivo Histórico del Partido Comunista de España — Fondo República Española.
Correspondances, rapports et circulaires concernant notamment l’AFARE, l’Ejército del Interior, les relations avec le gouvernement républicain et différentes organisations militaires de l’exil.
Consulter l’inventaire du Fondo República Española.
Emilio Grandío Seoane, travaux consacrés à la République en exil, aux services d’information et à Vicente Santiago Hodgson.
Consulter l’étude sur l’opposition extérieure au franquisme et les services républicains.
Centro Documental de la Memoria Histórica.
Fonds concernant notamment l’exil républicain, les organisations politiques, les résistants, les associations de déportés et différents organismes de l’opposition antifranquiste.
Raanan Rein, In the Shadow of the Holocaust and the Inquisition: Israel’s Relations with Francoist Spain.
Étude des relations entre Israël, le régime franquiste et les représentants du gouvernement républicain espagnol en exil.
Ces recherches seront progressivement complétées par les archives diplomatiques françaises, mexicaines, israéliennes et d’autres États, les fonds du gouvernement basque et de la Generalitat de Catalunya, les archives des mouvements libertaires, les associations d’anciens combattants et de déportés, les travaux universitaires ainsi que les fonds privés qui pourront être identifiés au cours de l’enquête.