Franco et la question juive
Franco, les Juifs et les 6 000 de Wannsee
Le fichier policier de 1941 contre le mythe du sauveur
« Les personnes visées par la mesure que je vous confie doivent être principalement celles d’origine espagnole désignées sous le nom de Sépharades, car leur adaptation au milieu et leur ressemblance avec notre tempérament leur donnent de plus grandes garanties de dissimuler leur origine et jusqu’à passer inaperçues. »1
Circulaire de la Direction générale de la Sûreté, 5 mai 1941.
La légende à démonter
Il existe une légende tenace, entretenue pendant des décennies, selon laquelle Franco aurait sauvé les Juifs. On lui attribua même, dans les années soixante-dix, le sauvetage de cent mille d’entre eux2. C’est l’un de ces récits de rachat que les dictatures fabriquent une fois vaincues leurs protectrices, et il faut le démonter non par l’indignation, mais par les archives.
Les archives disent autre chose. Elles montrent un discours antisémite, des restrictions administratives visant explicitement les Juifs, une coopération policière étroite avec l’Allemagne nazie, puis, en 1941, la création d’un fichier policier destiné à identifier et à qualifier leur « dangerosité ». Elles montrent aussi, après 1945, la fabrication méthodique d’un récit inverse : celui d’un régime protecteur, bientôt transformé en sauveur.
Antisémitisme d’État : quand la police parle de « race juive »
Il faut d’abord ôter un malentendu. L’antisémitisme franquiste ne fut pas une invention reconstruite après coup. Dans son discours de la Victoire, le 19 mai 1939, Franco dénonçait « l’esprit judaïque » qu’il associait au grand capital, au marxisme et à la révolution antiespagnole3. C’était le vieux thème du complot judéo-maçonnique et de l’« anti-Espagne ». Et il ne s’agissait pas que de mots.
Deux mois à peine après la fin officielle de la guerre, une instruction du 11 mai 1939 ordonnait de refuser passeport ou visa « aux Juifs », sauf circonstances particulières d’amitié envers l’Espagne et preuve d’adhésion au Mouvement national4. La discrimination était administrative, explicite et dirigée contre eux.
Il serait cependant réducteur de chercher dans le franquisme une copie exacte de l’antisémitisme biologique nazi. Son antisémitisme mêla tradition catholique, imaginaire du complot, antimaçonnisme, anticommunisme, philosephardisme instrumental et, dans l’appareil policier, catégorie raciale. C’est précisément cette dernière qui interdit d’affirmer qu’il fut seulement religieux : dans un dossier de l’Archivo Judaico, la police écrit qu’une femme est présumée dangereuse en raison de la « race juive » à laquelle elle appartient5.
La coopération policière avec le Reich
Cet antisémitisme administratif s’inscrivait dans une coopération policière beaucoup plus ancienne avec l’Allemagne nazie. En 1937, Franco demanda l’envoi d’experts allemands chargés d’instruire la police franquiste. Le 31 juillet 1938, un accord négocié à l’initiative de Himmler organisa l’échange de renseignements sur le communisme, l’anarchisme, l’émigration et les personnes jugées dangereuses pour l’État, ainsi que leur recherche et leur remise directe, sans procédure diplomatique ordinaire6.
C’est dans le cadre de cette coopération que Lluís Companys, président de la Generalitat de Catalogne, arrêté en France par les Allemands en août 1940, fut livré aux autorités franquistes avant d’être jugé et fusillé7.
Himmler vint en Espagne à l’automne 1940. Les représentations allemandes cherchèrent également à obtenir des informations sur les Juifs présents dans le pays. La police espagnole ne répondit pas toujours à ces demandes, mais des cas de coopération sont attestés5. La nuance compte : elle interdit de transformer une coopération documentée en obéissance automatique, mais elle interdit tout autant de nier cette coopération.
L’Archivo Judaico, ou le fichage des Juifs
Puis vint la pièce maîtresse. Le 5 mai 1941, la Direction générale de la Sûreté adressa aux gouverneurs civils la circulaire n° 11, signée par son directeur José Finat, comte de Mayalde, phalangiste et germanophile. Quatre jours plus tard seulement, Franco mettait officiellement fin à ses fonctions en lui exprimant son « public reconocimiento » pour les services rendus à la patrie8.
La circulaire ordonnait d’établir, pour chaque « israélite » espagnol ou étranger résidant dans la province, un rapport individuel indiquant sa filiation personnelle et politico-sociale, ses moyens d’existence, ses activités commerciales, sa situation et son « degré de dangerosité »5. Ce n’était pas un recensement démographique. C’était un fichier policier fondé sur l’origine juive.
Il faut ici être exact sur ce que nous savons et sur ce qui nous manque. Le fonds n’a pas été conservé intégralement ; son ampleur totale ne peut donc être établie avec certitude. Des fiches et des listes sont néanmoins attestées, ainsi que la désignation AJ, pour Archivo Judaico. L’incertitude porte sur le nombre de dossiers conservés ou constitués, non sur la nature de l’ordre donné : identifier individuellement les Juifs et mesurer leur dangerosité.
Il faut surtout peser l’épigraphe qui ouvre ce texte. La circulaire demandait de surveiller particulièrement les Sépharades, précisément parce que leur longue adaptation à l’Espagne leur permettait de dissimuler leur origine et de passer inaperçus. On les recherchait pour ce qu’ils étaient, non pour un acte préalablement constaté. Et l’administration policière pouvait écrire sans détour : « race juive »5.
La catégorie ne disparut pas avec la guerre mondiale. Des documents policiers de 1957 mentionnent encore l’Archivo Judaico et des antécédents défavorables liés à l’origine « israelita »9. La catégorie avait survécu dans la mémoire administrative de la police.
Wannsee : Espagne, six mille
Le 20 janvier 1942, à la conférence de Wannsee, de hauts responsables du Reich coordonnèrent l’administration de la « Solution finale ». Le procès-verbal contient, à sa page 6, un tableau préparé sous l’autorité d’Adolf Eichmann. À la ligne Espagne, on lit : « Spanien 6.000 »10.
Il faut là encore éviter une précision que le document n’autorise pas. Les 6 000 ne constituent pas un décompte nominatif démontré. La Maison de la conférence de Wannsee rappelle que les chiffres d’Eichmann se présentaient comme précis mais ne l’étaient pas nécessairement10. Et un rapport italien de 1939 donnait déjà pour l’Espagne le chiffre de 6 000 Juifs11.
La conséquence méthodologique est claire. On ne peut pas écrire que les 6 000 de Wannsee proviennent du fichier policier espagnol de 1941. La proximité chronologique des deux pièces est saisissante, mais elle ne prouve aucune filiation documentaire. Ce qu’elles établissent séparément est déjà suffisamment grave : en mai 1941, l’Espagne ordonne le fichage policier de ses Juifs ; en janvier 1942, la statistique préparée pour Wannsee inclut l’Espagne dans l’espace européen envisagé par la Solution finale et lui attribue 6 000 Juifs.
Ce que la preuve autorise, et ce qu’elle interdit
La rigueur n’est pas une précaution de langage. Elle est ce qui rend l’accusation historiquement tenable. Aucun document présenté ici ne prouve qu’Himmler reçut matériellement l’Archivo Judaico. Jorge M. Reverte a défendu l’hypothèse d’une transmission des renseignements aux Allemands et d’une remise vraisemblable du fichier, mais l’hypothèse demeure une hypothèse12.
On dira donc ce que les archives permettent, ni plus ni moins : l’État franquiste ordonna le fichage de ses Juifs en 1941 ; les autorités nazies retenaient pour l’Espagne le chiffre de 6 000 lors de Wannsee ; la coopération policière entre les deux États est documentée ; la transmission spécifique de l’Archivo Judaico n’est pas démontrée.
C’est déjà considérable.
Ni rafle générale ni politique de sauvetage
Ces six mille furent-ils livrés ? Non, pas collectivement. Il n’y eut en Espagne ni rafle générale ni déportation organisée de la population juive résidente. L’Espagne ne fut pas occupée par l’Allemagne et n’entra pas officiellement dans la guerre aux côtés de l’Axe. Le scénario auquel le fichier aurait pu servir ne se réalisa pas.
Mais passer de ce constat à « Franco sauva les Juifs » est une mystification. Ce qui épargna collectivement les Juifs résidant en Espagne ne fut pas une politique personnelle de protection du Caudillo, mais une combinaison de circonstances stratégiques : la non-entrée formelle de l’Espagne dans la guerre, l’évolution du conflit, la pression alliée, l’action d’organisations internationales, de réseaux clandestins et de diplomates.
Le fichier, lui, existait, prêt à servir si l’Histoire avait tourné autrement.
Territoire de surveillance et voie de fuite
L’affaire est pleine de contradictions. L’Espagne fut à la fois un territoire de surveillance et une voie de fuite. Des réfugiés juifs ayant franchi clandestinement les Pyrénées furent arrêtés et internés, notamment à Miranda de Ebro. Dans le même temps, entre 23 000 et 37 500 Juifs quittèrent l’Europe persécutée en passant par l’Espagne entre 1940 et l’automne 194413.
Cette réalité interdit les simplifications symétriques. L’Espagne fut bien une voie de salut pour des dizaines de milliers de personnes. Mais une voie géographique n’est pas une politique de sauvetage. Le passage dépendit des passeurs, des réseaux d’évasion, des organisations juives et alliées, de consulats, de diplomates, et d’une politique espagnole changeante qui, selon les périodes, refusa des visas, emprisonna, expulsa, toléra ou facilita le transit13.
Salonique, ou l’image qui se défait
C’est hors des frontières espagnoles que l’image du sauveur se dégrade le plus. Il faut distinguer les Juifs vivant en Espagne des Juifs de nationalité ou de protection espagnole vivant dans l’Europe occupée. Là, le gouvernement franquiste rechigna à rapatrier ses propres ressortissants lorsque l’Allemagne lui ouvrait cette possibilité, multipliant délais, conditions et filtrages.
Le cas de Salonique est accablant. En 1943, le consul Sebastián Romero Radigales tenta de sauver les Sépharades placés sous protection espagnole. Madrid refusa ou retarda plusieurs solutions, dont celle consistant à utiliser des navires suédois de la Croix-Rouge. Le 13 août 1943, 367 Juifs de nationalité espagnole arrivèrent à Bergen-Belsen. Ils ne purent gagner l’Espagne qu’en février 1944, après des mois de démarches et de pression diplomatique14.
Romero Radigales fut repris pour son « excès de zèle ». À Budapest, Ángel Sanz Briz et ses collaborateurs protégèrent en 1944 entre 4 000 et 5 000 Juifs au moyen de passeports, de lettres de protection et d’immeubles placés sous pavillon espagnol15.
Leur courage ne saurait être porté au crédit personnel de Franco. Il faut séparer trois sujets que la propagande mêla ensuite : ce que fit Franco, ce que fit son gouvernement et ce que firent quelques diplomates. Ce ne sont pas les mêmes choses.
La fabrication du sauveur
Après 1945, le régime, compromis par sa proximité passée avec Hitler et Mussolini et confronté à l’isolement international, entreprit de réécrire son propre rôle. En 1949, l’Office d’information diplomatique du ministère des Affaires étrangères publia en français L’Espagne et les Juifs, brochure destinée à présenter le régime comme protecteur et humanitaire16.
La fabrication du récit se poursuivit. Le 17 mars 1970, une dépêche de l’agence EFE reprise par ABC pouvait affirmer qu’environ cent mille Juifs avaient été sauvés pendant la Seconde Guerre mondiale par l’« intervention personnelle du général Franco »2. Le chiffre, dépourvu de base documentaire, avait désormais un héros : Franco lui-même.
L’historiographie, de Haim Avni à Bernd Rother, d’Antonio Marquina à Gonzalo Álvarez Chillida, a démonté cette construction17. Elle ne nie ni les passages par l’Espagne ni les sauvetages opérés par certains diplomates. Elle les restitue à leurs auteurs, à leurs circonstances et à leurs limites.
Police, et non protection
Voilà pourquoi le fond de l’affaire n’est même pas de savoir si Himmler reçut une chemise contenant six mille fiches. Le fait essentiel est plus simple, et il suffit. En mai 1941, l’État espagnol décida de localiser les Juifs vivant sur son territoire. Il ne les protégea pas : il les recensa. Il ne les cacha pas : il les ficha individuellement. Il ne les déclara pas innocents : il demanda que leur « degré de dangerosité » soit évalué.
Il ordonna de surveiller particulièrement ceux qui pouvaient passer inaperçus. Ce ne sont pas les gestes d’un sauveur. Ce sont ceux d’un État qui identifie, classe et surveille une population en fonction de son origine, dans un contexte de coopération avec le Reich.
Le hasard voulut que cette population ne connût pas le sort des Juifs de France, des Pays-Bas, de Grèce ou de Hongrie. Mais le fichier existait, et le protocole de Wannsee retenait le chiffre : Espagne, six mille. La formulation est grave précisément parce qu’elle ne dépasse pas ce que les preuves autorisent.
Entre le fichier de 1941, qui pouvait parler de « race juive », et la légende des années soixante-dix, qui faisait de Franco le sauveur de cent mille Juifs, il y a toute la distance qui sépare un document d’un mensonge. Cette distance, elle, est parfaitement mesurable.
Post-scriptum : la preuve par l’acte
Deux hommes traversent ce dossier autrement que les autres : le consul Sebastián Romero Radigales et le chargé d’affaires Ángel Sanz Briz. L’un fut sanctionné par Madrid pour son « excès de zèle », l’autre agit à Budapest en devançant des instructions qu’il savait tièdes. Tous deux désobéirent à Franco, et tous deux risquèrent leur carrière, peut-être leur peau, pour arracher des vies à l’extermination15.
C’est précisément parce qu’ils désobéirent qu’on ne peut porter leur courage au crédit du régime. Et c’est cela qui consolide ma thèse : tout assermenté du franquisme est franquiste jusqu’à preuve du contraire, et la preuve, la seule qui vaille, c’est l’acte de rupture. La plupart des serviteurs du régime n’en produisirent jamais, et se contentèrent, trente ans plus tard, d’un « je ne faisais pas de politique ».
Radigales et Sanz Briz, eux, la produisirent, cette preuve, non par une confidence tardive, mais par un geste daté, vérifiable, dangereux : ils sauvèrent quand on leur ordonnait d’attendre.
Voilà pourquoi ils échappent à la règle, et pourquoi elle tient. On n’est pas franquiste ou juste par ce qu’on éprouve, mais par ce qu’on fait. L’homme est ce qu’il se fait. Ces deux-là se firent libres en désobéissant, comme d’autres se firent complices en obéissant, et l’Histoire n’a pas d’autre balance que celle des actes. C’est la même règle qui condamne les uns et sauve les autres. Elle ne connaît pas d’exception, elle ne connaît que des preuves.
Le 18 octobre 1966, Yad Vashem a reconnu Ángel Sanz-Briz comme Juste parmi les nations. Sebastián de Romero Radigales fut reconnu à titre posthume en 201418.
Notes et références
- Direction générale de la Sûreté, circulaire n° 11, Madrid, 5 mai 1941. Le texte a été publié par Jacobo Israel Garzón, « El Archivo Judaico del franquismo », Raíces. Revista judía de cultura, n° 33, 1997, p. 57-60. Voir aussi Marta Simó Sánchez, « España y el Holocausto: entre la salvación y la condena al exterminio para la población judía », Hispania Nova, n° 1 extraordinaire, 2019, p. 136-174. Simó Sánchez, texte intégral. ↩
- Santiago López Rodríguez relève qu’une dépêche de l’agence EFE, reprise par ABC le 17 mars 1970, affirmait que « unos cien mil judíos » avaient été sauvés pendant la Seconde Guerre mondiale par l’« intervención personal del General Franco ». Il souligne l’absence de base documentaire à ce chiffre. Santiago López Rodríguez, 2023. ↩
- Francisco Franco, discours prononcé à Madrid après le défilé de la Victoire, 19 mai 1939. La formule sur « l’esprit judaïque » associe explicitement grand capital, marxisme et révolution « anti-espagnole ». Pour le contexte historiographique, voir Gonzalo Álvarez Chillida, El antisemitismo en España. La imagen del judío (1812-2002), Madrid, Marcial Pons, 2002. Transcription du discours. ↩
- Servicio Nacional de Política y Tratados, Orden circular n° 90-1.849, Burgos, 11 mai 1939, « Normas para el paso de las fronteras españolas y modelo de solicitud de autorización para entrar en España ». Le texte prévoit le refus de passeport ou de visa « a los judíos », sauf circonstances particulières d’amitié envers l’Espagne et « adhesión probada al Movimiento Nacional ». Marta Simó Sánchez reproduit également cette disposition. Transcription documentaire ; Étude de Marta Simó Sánchez. ↩
- La circulaire demandait des rapports individuels sur les « israelitas », espagnols et étrangers, comprenant filiation personnelle et politico-sociale, moyens d’existence, activités commerciales, situation et « degré de dangerosité ». Marta Simó Sánchez rappelle que le fonds n’a pas été conservé intégralement et que son ampleur globale demeure difficile à établir. Elle reproduit aussi le cas de María Sinaí León, dont le dossier porte la mention : « Se le supone la peligrosidad propia de la raza judía a la que pertenece (sefardí) ». Marta Simó Sánchez, p. 150-151. ↩
- Sur les liens policiers entre l’Espagne franquiste et l’Allemagne nazie, voir le Musée virtuel de la guerre civile espagnole, qui documente la demande de Franco en 1937 d’une commission d’experts allemands et l’accord du 31 juillet 1938, négocié à l’initiative de Himmler. L’accord prévoyait notamment l’échange d’informations et la remise directe de personnes considérées dangereuses pour l’État, sans intervention diplomatique. Musée virtuel de la guerre civile espagnole. ↩
- Dans ce cadre de coopération, Lluís Companys fut arrêté en France par les Allemands en août 1940, puis livré aux autorités franquistes. Le même dispositif de coopération toucha d’autres exilés républicains, dont Julián Zugazagoitia. Musée virtuel de la guerre civile espagnole. ↩
- Le décret de cessation de José Finat comme directeur général de la Sûreté est daté du 9 mai 1941 et publié au BOE du 10 mai 1941, p. 3291. Franco y exprime son « public reconocimiento » pour les services rendus. La circulaire de l’Archivo Judaico est donc antérieure de quatre jours à sa cessation officielle. BOE, 10 mai 1941. ↩
- La persistance administrative de la catégorie est attestée après la guerre. Des documents policiers de 1957 font encore référence à l’Archivo Judaico et à des antécédents défavorables fondés notamment sur l’origine « israelita ». Spain and the Jews during the Holocaust. ↩
- Protocole de la conférence de Wannsee, 20 janvier 1942, 16e exemplaire, Politisches Archiv des Auswärtigen Amts, Berlin, R 100857, Bl. 166-188, p. 6 : « Spanien 6.000 ». La Maison de la conférence de Wannsee souligne que les nombres préparés par Eichmann se présentaient comme précis mais ne l’étaient pas nécessairement : il s’agit de chiffres supposés ou estimatifs. Protocole et documents ; Statistiques de Wannsee. ↩
- Antonio Marquina signale qu’un rapport italien de 1939 donnait déjà le chiffre de 6 000 Juifs en Espagne. Ce précédent interdit de présenter le nombre de Wannsee comme la preuve d’une transmission du fichier policier de 1941. Il n’annule toutefois ni l’existence du fichage espagnol ni l’inclusion de l’Espagne dans le tableau préparé pour Wannsee. Antonio Marquina, « La España de Franco y los judíos », 2014. ↩
- Jorge M. Reverte a défendu l’hypothèse d’une transmission du fichier ou de ses renseignements aux autorités allemandes. Cette hypothèse reste discutée et ne constitue pas, en l’état des documents accessibles, une preuve de remise matérielle du fichier à Himmler. Jorge M. Reverte, El País, 20 juin 2010. ↩
- Sur le passage des réfugiés juifs par l’Espagne, Jacqueline Adams retient, à partir d’Avni et Rother, une fourchette de 23 000 à 37 500 Juifs ayant fui l’Europe via l’Espagne entre 1940 et l’automne 1944. Les travaux de Marta Simó Sánchez montrent parallèlement le caractère changeant de la politique espagnole, entre refus de visas, internements, expulsions et assouplissement à partir de 1943. Jacqueline Adams, Holocaust and Genocide Studies, 2024 ; Marta Simó Sánchez. ↩
- Pour Salonique, Antonio Marquina documente les retards de Madrid et le refus de solutions proposées par Romero Radigales, notamment l’usage de navires suédois de la Croix-Rouge. Yad Vashem rappelle qu’un groupe de 367 Juifs de nationalité espagnole arriva à Bergen-Belsen le 13 août 1943 avant d’être finalement transféré vers l’Espagne en février 1944. Antonio Marquina, 2014 ; Yad Vashem, Romero Radigales. ↩
- Le United States Holocaust Memorial Museum estime que Sanz Briz et ses collaborateurs sauvèrent entre 4 000 et 5 000 Juifs en Hongrie. Il précise que l’étendue du soutien du ministère espagnol des Affaires étrangères à ses initiatives demeure incertaine. Antonio Marquina écrit, pour sa part, que Sanz Briz « actuó sin instrucciones », tout en ne s’écartant pas des directives générales du ministère. Le présent texte interprète l’ampleur de son initiative personnelle et le dépassement de l’attentisme administratif comme un acte de rupture. USHMM, Ángel Sanz Briz ; Antonio Marquina, 2014. ↩
- La brochure L’Espagne et les Juifs, publiée en français en 1949 par l’Office d’information diplomatique du ministère espagnol des Affaires étrangères, participe à la reconstruction internationale de l’image du régime. Luciano Casali et Lola Harana en ont publié et analysé le dossier dans L’oportunisme de Franco. Un informe sobre la qüestió jueva (1949), Afers, 2013. Compte rendu et présentation du dossier. ↩
- Pour l’historiographie générale : Haim Avni, España, Franco y los judíos, Madrid, Altalena, 1982 ; Bernd Rother, Franco y el Holocausto, Madrid, Marcial Pons, 2005 ; Antonio Marquina et Gloria Inés Ospina, España y los judíos en el siglo XX, Madrid, Espasa-Calpe, 1987 ; Gonzalo Álvarez Chillida, El antisemitismo en España, Madrid, Marcial Pons, 2002. ↩
- Yad Vashem a reconnu Ángel Sanz-Briz comme Juste parmi les nations le 18 octobre 1966. Sebastián de Romero Radigales a été reconnu à titre posthume en 2014 ; une cérémonie officielle eut lieu à Jérusalem le 30 septembre 2014. Yad Vashem, Ángel Sanz Briz ; Yad Vashem, Romero Radigales ; Gouvernement espagnol, 30 septembre 2014. ↩
Bibliographie sélective
- Álvarez Chillida, Gonzalo, El antisemitismo en España. La imagen del judío (1812-2002), Madrid, Marcial Pons, 2002.
- Avni, Haim, España, Franco y los judíos, Madrid, Altalena, 1982.
- Garzón, Jacobo Israel, « El Archivo Judaico del franquismo », Raíces. Revista judía de cultura, n° 33, 1997, p. 57-60.
- Marquina, Antonio, « La España de Franco y los judíos », UNISCI Discussion Papers, n° 36, 2014, p. 163-170.
- Marquina, Antonio et Ospina, Gloria Inés, España y los judíos en el siglo XX, Madrid, Espasa-Calpe, 1987.
- Rother, Bernd, Franco y el Holocausto, Madrid, Marcial Pons, 2005.
- Simó Sánchez, Marta, « España y el Holocausto: entre la salvación y la condena al exterminio para la población judía », Hispania Nova, n° 1 extraordinaire, 2019, p. 136-174.
- López Rodríguez, Santiago, « Franco y el Holocausto: una revisión historiográfica », Historia Actual Online, n° 60, 2023, p. 195-212.
- Casali, Luciano et Harana, Lola (dir.), L’oportunisme de Franco. Un informe sobre la qüestió jueva (1949), Catarroja-Barcelone, Afers, 2013.
Sources et reproductions en ligne
- Marta Simó Sánchez, Hispania Nova (2019)
- Antonio Marquina, UNISCI Discussion Papers (2014)
- Musée virtuel de la guerre civile espagnole, accord policier de 1938
- BOE du 10 mai 1941, cessation de José Finat
- Maison de la conférence de Wannsee, protocole et documents
- Maison de la conférence de Wannsee, statistiques
- Jacqueline Adams, Holocaust and Genocide Studies (2024)
- United States Holocaust Memorial Museum, Ángel Sanz Briz
- Santiago López Rodríguez, revue historiographique (2023)
- Dossier L’Espagne et les Juifs (1949)