Epilogue – Clara Campoamor : mourir à Lausanne, reposer à Polloe
Clara Campoamor s’éteint à Lausanne le 30 avril 1972, à quatre-vingt-quatre ans, loin de l’Espagne qu’elle avait transformée et qui ne l’avait pas rappelée. Elle meurt en exil, dans une ville qui n’était pas la sienne, auprès de son amie Antoinette Quinche, avocate suisse qui l’avait soutenue durant ses dernières années. Son corps est incinéré, et ses cendres seront plus tard transférées à Saint-Sébastien, au cimetière de Polloe, dans cette terre basque et espagnole vers laquelle, vivante, elle n’avait pu revenir.
Sa disparition passe presque inaperçue. En Espagne, le franquisme règne encore, et il n’est pas question d’honorer la femme qui avait donné le vote aux Espagnoles au nom d’une République abolie. La presse officielle se tait ou expédie la nouvelle. Hors d’Espagne, quelques voix se souviennent. Dans la Gazette de Lausanne du 17 mai 1972, l’écrivaine Cécile-René Delhorbe lui consacre une nécrologie qui rappelle ce que fut cette vie, le combat, l’intelligence, la solitude et la fidélité à une idée. C’est dans une langue étrangère, sur une terre étrangère, que fut d’abord dite la dette que l’Espagne contractait envers elle.
Il faudra des années pour que son nom remonte des oubliettes de l’histoire officielle. La démocratie revenue lui rendra peu à peu hommage. Des rues, des écoles, des institutions porteront son nom, des biographies répareront le silence, sa figure rejoindra le petit nombre de celles que l’on cite quand on veut nommer les fondatrices de la citoyenneté espagnole. Mais l’hommage tardif ne doit pas dissimuler la longue injustice qui l’a précédé. Clara Campoamor n’a pas été reconnue de son vivant à la mesure de ce qu’elle avait accompli. Elle a vu son œuvre détruite, son nom effacé, son pays s’éloigner, et elle est morte sans savoir que l’Espagne, un jour, finirait par l’appeler l’une de ses justes.
Ce livre n’a pas eu d’autre ambition que de tenir, à sa modeste place, la promesse que l’histoire avait trop tardé à honorer, nommer ce qu’elle fit, dire ce qu’on lui devait, et rappeler que la liberté qu’elle réclama pour les femmes ne fut jamais une faveur, mais un droit, un droit qui n’attend pas.
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