Pétain, Franco et l’Europe des gaz
La guerre du Rif ne fut pas seulement une guerre coloniale oubliée. Elle fut un laboratoire. On y essaya des méthodes, on y perfectionna une grammaire militaire, on y apprit à faire de la population civile non plus l’arrière de la guerre, mais l’un de ses objectifs.
Villages, marchés, récoltes, troupeaux, points d’eau, habitations : tout ce qui permettait à une société de tenir debout devint matière à destruction.
C’est dans cette guerre-là que la France rejoignit l’Espagne contre la République du Rif d’Abd el-Krim. C’est dans cette guerre-là que Philippe Pétain, envoyé au Maroc en 1925, devint l’un des architectes de l’écrasement militaire. Et c’est dans cette guerre-là que Francisco Franco, alors officier de l’armée coloniale espagnole, vit s’affirmer une méthode qui ne le quitterait plus : vaincre l’ennemi en frappant son monde, ses villages, ses routes, ses familles, ses refuges, sa respiration même.
On dira que Pétain ne pouvait pas tout savoir. C’est la défense habituelle des vainqueurs tardifs : ils n’ont jamais su, jamais vu, jamais compris, jamais été au bon endroit au bon moment. Mais ici, l’argument tient mal. Pétain ne pouvait pas ignorer le type de guerre dans laquelle il engageait la France. Il savait, ou sa fonction même lui interdisait de ne pas savoir, que l’armée française disposait au Maroc, ou à destination du Maroc, d’une logistique chimique. Des stocks de gaz existaient ; des obus chargés de phosgène et d’ypérite furent acheminés depuis les stocks métropolitains de la Grande Guerre vers le Maroc ; la guerre chimique n’était donc pas une rumeur lointaine, mais une possibilité matérielle, administrative, militaire, inscrite dans les circuits de l’État.1
La France n’intervint pas comme arbitre. Elle intervint comme puissance coloniale menacée. Lorsque les forces d’Abd el-Krim approchèrent la zone française au printemps 1925, Paris mobilisa massivement. Les deux puissances coloniales conclurent une coopération militaire. Lyautey fut jugé trop prudent, trop politique, trop lié au terrain marocain. Pétain, lui, arriva avec la vertu cardinale des grands serviteurs de l’ordre : il ne faisait pas de politique, disait-il, il faisait de la stratégie. Il mettait l’incendie en colonnes, l’écrasement en plans, la domination en cartes d’état-major.2
La mission n’était pas de négocier avec le Rif. Elle était de le briser.
Franco, dans cette histoire, n’est pas un figurant. Il est déjà un homme du Maroc, de la Légion, de la guerre coloniale. L’Espagne avait créé en 1920 le Tercio de Marruecos, future Légion espagnole, ensuite placé sous le commandement de Francisco Franco. Autrement dit : lorsque la guerre du Rif devient une opération combinée franco-espagnole, l’Espagne n’engage pas une armée abstraite. Elle engage l’armée d’Afrique, les Regulares, la Légion, et l’un de ses officiers les plus visibles : Franco, africainiste, chef de choc, élève appliqué d’une guerre où la brutalité n’est pas un excès, mais une doctrine.3
Il faut donc regarder les mots en face. La guerre du Rif fut une guerre d’écrasement. Les chiffres des victimes civiles demeurent incertains, précisément parce que les civils furent longtemps comptés comme du décor, non comme des morts. Le CICR souligne qu’il n’existe pas de données fiables sur les pertes civiles, que les victimes civiles furent probablement sous-estimées ou ignorées, et que les opérations militaires visèrent clairement les populations, les biens et les infrastructures.4
Ce n’est pas un accident de guerre. C’est une logique.
La guerre chimique s’inscrit dans cette logique. Les sources sérieuses établissent l’usage par l’Espagne de gaz toxiques dans le Rif, notamment l’ypérite, le phosgène, le diphosgène et la chloropicrine. L’aviation espagnole largua de nombreuses bombes chimiques, dites bombes « X ». Le CICR note que peu d’historiens contestent aujourd’hui l’emploi massif de ces armes par l’armée espagnole, et que leur usage faisait partie de la stratégie de contre-insurrection contre la rébellion rifaine, visant notamment de fortes concentrations d’habitations civiles.5
Le mot important est là : habitations. On ne parle pas seulement de tranchées, de colonnes armées, de positions fortifiées. On parle de douars, de villages, de zones habitées. Dans une guerre coloniale, le pouvoir impérial ne cherche pas seulement à vaincre une armée ; il cherche à convaincre une population que la résistance lui coûtera plus cher que la soumission.
Le gaz moutarde n’est pas seulement une arme. C’est un message. Il dit : même l’air ne vous appartient plus.
Les témoignages venus de l’intérieur de l’appareil espagnol achèvent de ruiner l’excuse du doute. Deux pilotes espagnols, Ignacio Hidalgo de Cisneros et Pedro Tonda Bueno, ont reconnu dans leurs autobiographies avoir largué des bombes chargées de gaz toxique au Maroc. Il ne s’agit donc pas seulement de plaintes rifaines, de rumeurs militantes ou de reconstructions postérieures. La parole vient aussi de ceux qui ont servi la machine. L’archive militaire donne l’ordre ; le témoin militaire donne le geste ; le survivant, lui, donne la brûlure.6
Du côté rifain, les témoignages recueillis beaucoup plus tard disent autre chose : non plus la munition, le dispositif, le calibre, mais l’effet. L’odeur. La fuite. Les enfants morts. Les yeux atteints. Les eaux contaminées. Ces voix sont tardives, donc elles doivent être croisées avec prudence ; mais elles donnent à l’archive militaire ce qu’elle cherche toujours à effacer : la chair des faits. L’histoire des états-majors compte les sorties d’avions et les tonnes de projectiles ; la mémoire des survivants compte les visages.7
La guerre n’était pas enfouie sous le sable du Maroc ; elle circulait dans les journaux, les conversations politiques, les cabinets ministériels et les états-majors. La presse métropolitaine rendait déjà le sujet visible. RetroNews rappelle que l’intervention française aux côtés de l’Espagne, à partir de 1925, provoqua un violent affrontement idéologique dans la presse parisienne : la presse communiste et anarchiste s’y opposa violemment, tandis qu’une large part de la presse soutint l’écrasement d’Abd el-Krim. Le même dossier rappelle que l’aviation espagnole avait largué secrètement une première bombe de gaz moutarde à l’été 1924, et cite l’appel de Charles Maurras, dans L’Action française, à employer des gaz toxiques contre les Rifains.8
La presse européenne disait déjà ce que les diplomaties préféraient réduire en brouillard. La Gazette de Lausanne écrivait, le 21 décembre 1924, que l’aviation espagnole menait des bombardements intensifs dans la région d’Andjera et utilisait des gaz asphyxiants. Ce détail est capital : l’usage des gaz n’était pas une découverte tardive, réservée aux historiens patients du XXIᵉ siècle. C’était un fait assez public pour franchir les frontières, assez connu pour inquiéter les organisations humanitaires, assez gênant pour être nié officiellement.9
Le comportement du CICR éclaire la mécanique du silence. L’organisation reçut des informations sur l’usage des gaz. Elle interrogea la Croix-Rouge espagnole, laquelle transmit le démenti des autorités militaires. Le CICR exprima alors son « soulagement » et retira de certains rapports publics les références aux gaz asphyxiants. Voilà la scène : la guerre chimique entre par la porte des informations, puis ressort par la fenêtre des convenances diplomatiques. La morale humanitaire se lave les mains avec l’eau tiède de la procédure.10
La France, elle non plus, ne fut pas seulement témoin. Les travaux de Francisco Javier Martínez montrent que l’armée française disposait au Maroc de moyens chimiques et que le gouvernement français fit expédier vers le protectorat des obus chargés de phosgène et de gaz moutarde. Un ordre de Paul Painlevé, président du Conseil et ministre de la Guerre, prévoyait l’envoi d’obus spéciaux ; un télégramme de la base militaire de Marseille signala ensuite le départ du vapeur Tensift vers Kénitra avec 625 tonnes de munitions, dont 10 000 obus spéciaux.11
Voilà donc la belle mécanique : dans les discours, la civilisation ; dans les cales, les obus spéciaux.
Cette donnée ne diminue en rien la responsabilité espagnole. Elle élargit l’acte d’accusation. La guerre du Rif fut une guerre coloniale franco-espagnole, avec les complicités, les silences et les commodités techniques de l’Europe impériale.
À Alhucemas, la combinaison des forces ne relève plus de l’hypothèse : elle se donne en spectacle militaire. Le débarquement du 8 septembre 1925 mobilise environ 20 000 soldats, 109 navires et 162 avions, pour l’essentiel espagnols. L’appui français est fourni par Pétain. Parmi les commandants engagés figure le colonel Francisco Franco. La scène est éloquente : Pétain fournit l’appui français ; Franco est au cœur de la machine espagnole d’Afrique ; la guerre du Rif devient une opération combinée, moderne, massive, aéronavale, coloniale, et déjà chargée de l’avenir.12
C’est ici que la question de de Gaulle doit être posée avec précision. De Gaulle n’est pas l’homme du Rif. Il n’est ni le chef de la campagne, ni l’ordonnateur des opérations, ni le compagnon d’armes de Franco. Mais il n’est pas davantage le lecteur innocent d’une histoire postérieure. Le 1ᵉʳ juillet 1925, le capitaine de Gaulle quitte Mayence pour entrer à l’état-major particulier du maréchal Pétain, vice-président du Conseil supérieur de Guerre. En août, Pétain accepte d’aller au Maroc remplacer Lyautey ; de Gaulle le désapprouve et dira plus tard qu’à ses yeux « le maréchal Pétain est mort en 1925 ».13
Il ne s’agit donc pas de faire de de Gaulle un décideur du Rif. Il s’agit de le replacer dans sa juste proximité : celle d’un officier français cultivé, installé dans l’orbite immédiate du chef qui prend le dossier. De Gaulle ne regarde pas l’affaire depuis un manuel d’histoire ; il la voit passer dans les cartes, les notes, les conversations, les rapports, la presse, la carrière même de Pétain.
De Gaulle ne peut donc pas être placé dans l’ignorance confortable du lecteur lointain. Il se trouve dans la proximité d’un dossier militaire majeur, au moment précis où Pétain en devient l’homme fort. Il est difficile d’imaginer que le nom de Franco ne soit jamais passé devant lui, fût-ce par dossiers, notes, rapports ou conversations d’état-major : Franco, officier africainiste, chef de la Légion, homme de choc de la guerre coloniale espagnole. Ignorer cela eût demandé plus qu’une distraction : une volonté de ne pas voir.
On comprend alors pourquoi Pétain savait, et pourquoi l’ignorance générale ne peut plus servir d’abri. Il n’était pas un voyageur de passage. Il n’était pas un observateur mondain. Il venait prendre en main une guerre, intensifier l’action, coordonner l’effort français avec l’effort espagnol. Les deux puissances agissaient ensemble. S’allier avec l’Espagne coloniale, ce n’était pas seulement partager un front ; c’était signer pour une méthode.
Et quelle méthode. Bombardements. Blocus. Destruction des cultures. Atteinte aux troupeaux. Terreur aérienne. Gaz toxiques. Effacement des civils derrière le mot commode de « dissidents ». Lorsque l’état-major demande qu’on compte les pertes ennemies sans préciser l’âge ni le sexe, il ne donne pas seulement une consigne administrative : il fabrique l’invisibilité des morts.14
La guerre coloniale a cette élégance bureaucratique : elle commence par tuer, puis elle organise les catégories qui empêcheront de nommer les victimes.
Pétain, lui, ne se contentera pas d’avoir été l’allié militaire de Franco dans cette guerre. La France saura remercier. Francisco Franco sera nommé officier de la Légion d’honneur par décret du 22 février 1928, puis élevé au grade de commandeur par décret du 26 octobre 1930. Les juridictions françaises ont établi ces deux décrets. Une proposition de résolution déposée au Sénat en 2025 rappelle que cette Légion d’honneur fut remise à Franco à la demande du maréchal Philippe Pétain.15
Il y a des décorations qui sentent la poudre. Celle-ci sent le Rif.
On peut toujours noyer l’affaire sous les formules administratives : décrets présidentiels, propositions ministérielles, distinctions étrangères, convenances diplomatiques. Mais le symbole, lui, ne se laisse pas blanchir. Franco fut décoré par la France après la guerre du Rif. Pétain, l’homme de la campagne marocaine, apparaît dans les documents parlementaires comme l’intercesseur de cette reconnaissance. L’armée coloniale avait rendu service ; la République française sut épingler l’honneur sur l’uniforme.
L’honneur, ici, avait de curieuses fréquentations.
Ce répertoire ne disparaît pas en 1926. Il migre. Dix ans plus tard, lorsqu’une partie de l’armée espagnole se soulève contre la République, ce sont les hommes de l’Afrique coloniale qui forment l’un des noyaux durs du coup d’État. Franco ne vient pas de nulle part. Il vient du Maroc. Il vient d’une école où l’on a appris que la violence absolue contre les populations n’était pas un scandale, mais une méthode.
Il faut éviter l’anachronisme facile : la guerre d’Espagne ne répète pas mécaniquement la guerre du Rif. Elle se déroule dans un autre cadre, avec d’autres acteurs, d’autres alliances, d’autres moyens. Mais une continuité existe dans la culture militaire de l’Armée d’Afrique : brutalisation coloniale, mépris de l’ennemi, punition collective, usage terrorisant de la force.
Badajoz relève d’abord du massacre terrestre après la prise de la ville ; Málaga, Durango, Guernica, Madrid, Barcelone et tant d’autres lieux relèvent de la guerre aérienne contre les villes, les routes, les civils. La leçon n’est pas que tout serait identique. La leçon est plus grave : l’expérience coloniale a rendu pensable ce qui, ensuite, fut pratiqué en Europe.16
Le Rif fut donc une préface. Non pas une préface mineure, exotique, marginale, mais une préface sanglante. Avant Guernica, il y eut Chefchaouen, Andjera, les douars du Rif. Avant que l’Europe ne s’indigne devant les villes bombardées d’Espagne, elle avait déjà toléré que des populations colonisées soient gazées, affamées, bombardées, privées de secours et traitées comme des « dissidents » sans droits.
La différence ne fut pas morale. Elle fut géographique.
L’horreur devint scandale lorsqu’elle cessa d’être confinée aux marges coloniales.
De Gaulle n’est pas l’homme du Rif, mais il appartient à l’histoire politique que le Rif éclaire. Officier placé dans l’orbite de Pétain en 1925, homme formé dans la culture militaire et impériale de la France, chef d’État qui ne rompit jamais frontalement avec l’Espagne franquiste, puis visiteur de Franco en 1970, il ne peut être retranché du tableau au nom d’une innocence rétrospective. Le Rif ne l’accuse pas comme ordonnateur ; il l’oblige à comparaître comme témoin d’une continuité française : celle de l’armée, de l’empire, de la raison d’État et des silences commodes.
C’est pourquoi la guerre du Rif oblige à relire Pétain, Franco, Charles de Gaulle et l’Europe coloniale.
Elle montre une même famille d’habitudes : la déshumanisation de l’adversaire, l’effacement des civils derrière le vocabulaire militaire, le recours à l’aviation comme instrument de terreur, la transformation du droit en paravent, et l’hypocrisie des institutions qui savent assez pour s’inquiéter, mais pas assez – prétendent-elles – pour accuser.
Le dossier n’a pas besoin d’être exagéré. Il est assez lourd ainsi. Il faut même se garder d’ajouter des substances, des chiffres ou des affirmations mal établies. Les gaz attestés suffisent. Les bombardements attestés suffisent. Les silences attestés suffisent. La décoration de Franco suffit. Et, désormais, la proximité de de Gaulle avec l’état-major de Pétain suffit à poser la question qui dérange : qu’a-t-il vu, qu’a-t-il su, qu’a-t-il choisi de retenir ? La vérité historique n’a pas besoin d’enflure lorsqu’elle porte déjà l’odeur de l’ypérite.
Le vrai scandale n’est donc plus de demander si les gaz furent utilisés. Ils le furent.
Le vrai scandale est ailleurs : dans la chaîne des décisions, des fournitures, des autorisations, des dénégations, des prudences diplomatiques, des classements d’archives, puis des décorations. Qui ordonna ? Qui fournit ? Qui couvrit ? Qui sut ? Qui se tut ? Et qui, ensuite, appela cela service rendu ?
Car c’est là que le sarcasme de l’histoire devient presque insoutenable : après les gaz, après les bombardements, après l’écrasement du Rif, la France ne se contenta pas d’oublier. Elle décora.
L’Europe impériale sut écrire des protocoles contre les gaz, puis sut regarder ailleurs lorsque les victimes n’étaient pas européennes, souveraines, reconnues, blanches, diplomatiquement utiles. Elle condamnait la barbarie dans les congrès, mais la transportait dans ses cales. Elle parlait de civilisation, mais chargeait les avions. Elle invoquait le droit, mais seulement pour ceux qu’elle reconnaissait comme sujets du droit.
Les autres recevaient les bombes, les gaz et le silence.
1Francisco Javier Martínez, « Hidden in plain sight : the beginnings of French chemical warfare in Morocco’s Rif War », Frontiers in Political Science, 2025. Martínez montre notamment que des stocks chimiques existaient et que des obus chargés de phosgène et d’ypérite furent expédiés depuis les stocks français de la Première Guerre mondiale vers le Maroc.
2Pascal Daudin, « The Rif War : A forgotten war ? », International Review of the Red Cross, 2023. Daudin rappelle que la France mobilisa massivement en 1925, que les deux puissances coloniales conclurent un accord de coopération militaire et que Pétain fut le véritable architecte de la campagne française.
3Pascal Daudin, article cité. L’auteur rappelle que l’Espagne créa en 1920 le Tercio de Marruecos, mieux connu ensuite comme Légion espagnole, placé sous le commandement de Francisco Franco ; il signale également le rôle des africanistas dans l’expansion coloniale espagnole.
4Daudin souligne l’absence de données fiables sur les morts civiles et la tendance à sous-estimer ou à ignorer les victimes civiles, alors même que les opérations visaient les populations, les biens et les infrastructures.
5Daudin mentionne parmi les agents employés le phosgène, le diphosgène, la chloropicrine et l’ypérite. Il indique que l’aviation espagnole largua de nombreuses bombes chimiques, dites bombes « X », et que leur usage s’inscrivait dans une stratégie de contre-insurrection visant notamment des zones d’habitations civiles.
6Daudin cite notamment les témoignages de deux pilotes espagnols, Pedro Tonda Bueno et Ignacio Hidalgo de Cisneros, qui reconnurent dans leurs autobiographies avoir largué des bombes chargées de gaz toxique au Maroc.
7Sur ces témoignages rifains tardifs et leur nécessaire croisement avec les archives, voir également Sebastian Balfour, Deadly Embrace : Morocco and the Road to the Spanish Civil War, Oxford University Press, 2002 ; voir aussi le documentaire de Tarik el-Idrissi, Arrhash / Veneno, 2007, mentionné par Daudin.
8Pierre Ancery, « La guerre du Rif et les déchirements autour de la question coloniale », RetroNews / BnF, 15 mai 2019, modifié le 24 février 2025. L’article rappelle l’affrontement idéologique dans la presse parisienne, l’appel de Maurras à employer des gaz toxiques contre les Rifains, et le fait que la première bombe de gaz moutarde avait été larguée secrètement par les Espagnols à l’été 1924.
9Daudin signale que La Gazette de Lausanne, le 21 décembre 1924, rapportait des bombardements espagnols intensifs dans la région d’Andjera et l’utilisation de gaz asphyxiants.
10Sur le démenti transmis par la Croix-Rouge espagnole, le « soulagement » du CICR et l’effacement de certaines références publiques aux gaz asphyxiants, voir Daudin, article cité.
11Martínez cite notamment l’ordre de Paul Painlevé et les documents relatifs au départ du vapeur Tensift de Marseille vers Kénitra avec 625 tonnes de munitions, dont 10 000 obus spéciaux.
12Daudin indique que, les 6 et 7 septembre 1925, plus de cent navires espagnols et français débarquèrent hommes et matériel lourd en baie d’Al-Hoceima après un feu d’artillerie intense, et que quatre-vingt-huit avions bombardèrent la région pour permettre le débarquement. Pour les chiffres de 20 000 soldats, 109 navires et 162 avions, ainsi que la présence du colonel Franco parmi les commandants engagés, voir aussi El País, « El ‘desastre’ de Alhucemas : 100 años de un desembarco colonial en el olvido », 8 septembre 2025.
13Fondation Charles de Gaulle, « 1925 : Affectation à l’État-Major particulier du maréchal Pétain ». La Fondation indique que, le 1ᵉʳ juillet 1925, le capitaine de Gaulle quitte Mayence pour entrer à l’état-major particulier du maréchal Pétain ; elle rappelle aussi qu’en août Pétain accepte d’aller au Maroc remplacer Lyautey, décision que de Gaulle désapprouve, déclarant plus tard qu’à ses yeux « le maréchal Pétain est mort en 1925 ».
14Sur les pertes ennemies à rapporter sans précision d’âge ni de sexe, voir Daudin, article cité. Cette consigne éclaire la manière dont la comptabilité militaire pouvait fabriquer l’invisibilité des victimes civiles.
15Conseil d’État, 16 février 2024, n° 470577 : la décision rappelle les décrets des 22 février 1928 et 26 octobre 1930 attribuant la Légion d’honneur à Francisco Franco. Voir aussi la proposition de résolution n° 137 rect. (2025-2026), déposée au Sénat le 19 novembre 2025, visant à déclarer Franco indigne de la Légion d’honneur, qui indique que cette distinction fut remise à la demande du maréchal Philippe Pétain.
16Pour la continuité entre la brutalisation coloniale de l’Armée d’Afrique et la violence franquiste, voir notamment Sebastian Balfour, Deadly Embrace : Morocco and the Road to the Spanish Civil War, Oxford University Press, 2002 ; Pascal Daudin, article cité. Il convient toutefois de distinguer les formes de terreur : Badajoz relève principalement du massacre terrestre après la prise de la ville, tandis que Málaga, Durango, Guernica, Madrid ou Barcelone relèvent davantage de la guerre aérienne contre les civils.

