Chapitre III. Camus contre la poignée de main
L’Espagne que l’État voulait rendre fréquentable
Putain la politique politicienne.
Non pas celle qui libère, qui arrache l’homme à la peur, qui donne du pain, une école, une terre, une voix, une dignité. L’autre. Celle des salons et des chancelleries, des mains propres et des morts sous le tapis. Celle qui sent l’encre des communiqués, le cuir des fauteuils ministériels, la prudence bien repassée et la lâcheté parfumée au réalisme.
La IIIᵉ République avait regardé mourir la République espagnole. La IVᵉ avait composé avec l’Espagne franquiste. La Ve, elle, finit par serrer cette main comme on retrouve un cousin embarrassant mais utile. La France officielle, toujours si bavarde lorsqu’elle parle d’elle-même, toujours si lyrique lorsqu’elle se contemple dans le miroir de la Résistance, avait trouvé pour Franco des trésors de retenue, de mesure, de nuance et de diplomatie. Les mots avaient mis des gants blancs. Les principes étaient restés au vestiaire.
La scène est connue, mais il faut la regarder jusqu’au bout. Le 8 juin 1970, à Madrid, au palais du Pardo, Charles de Gaulle, retiré du pouvoir depuis un an, rend visite à Francisco Franco. Ce n’est pas une réception d’État au sens strict, mais ce n’est pas non plus une promenade innocente entre vieillards. L’un incarne, aux yeux du monde, la France du 18 Juin, la France relevée de 1940, la France qui se raconte comme refus. L’autre est le vainqueur du soulèvement militaire contre la République espagnole, l’homme d’une dictature née avec les avions de Hitler, les troupes de Mussolini, les bénédictions de l’ordre et les charniers de l’après-guerre.1
On dira : De Gaulle n’est plus président. Justement. Ce détail ne lave rien. Il aggrave autrement. Libéré de la nécessité gouvernementale, dégagé du protocole obligatoire, l’homme choisit quand même d’aller saluer Franco. Il n’est plus contraint par la fonction ; il est livré à lui-même. Ce n’est plus seulement la raison d’État qui parle. C’est une inclination, une vision de l’histoire, une complaisance de soldat pour un autre soldat, une préférence d’ordre qui survit aux proclamations de grandeur.
De Gaulle n’était pas un diplomate quelconque. Il ne portait pas seulement un passeport français. Il portait une légende. C’est précisément pourquoi sa poignée de main pèse plus lourd qu’une courtoisie protocolaire. Lorsqu’un homme ordinaire serre la main d’un dictateur, il se compromet. Lorsque l’homme du 18 Juin serre la main du vainqueur de la République espagnole, il compromet une part du récit qu’il traîne derrière lui comme un manteau d’apparat. Ce jour-là, la Résistance française, du moins celle que l’État aime mettre en vitrine, se penche sur Franco avec une politesse de musée.
Il ne faut pas s’y tromper : Franco n’est pas seulement un chef d’État autoritaire, une survivance pénible, un vieux général posé dans un décor poussiéreux. Il est le produit victorieux d’un coup d’État contre un gouvernement légal. Il est le bénéficiaire d’une guerre internationalisée par l’Italie fasciste, l’Allemagne nazie et le Portugal salazariste. Il est le chef d’un régime de prisons, d’exils, de censure, de tribunaux d’exception, d’ordre national-catholique et de peur administrée. En 1970, l’Espagne franquiste n’est pas un souvenir : elle vit encore. Les partis restent interdits, la presse surveillée, l’opposition réprimée, les vaincus soumis à la longue pédagogie du silence.2
Et pourtant, la main se tend.
La France avait inventé une haute forme de politesse envers les dictateurs : ne pas trop les déranger lorsqu’ils deviennent utiles. On avait d’abord abandonné la République espagnole au nom de la paix. On avait ensuite fréquenté Franco au nom de l’équilibre. On le réintégrait enfin au nom de l’anticommunisme, des marchés, des bases, des frontières, de la stabilité, de tous ces mots qui deviennent respectables quand ils ont assez servi à couvrir les lâchetés.
Pendant ce temps, les républicains espagnols, les vrais, les vaincus, les exilés, les maquisards, les ouvriers, les anarchistes, les socialistes, les instituteurs, les veuves, les enfants des fosses, ceux qui avaient fui les pelotons et les curés en uniforme moral, vivaient encore dans l’ombre portée du coup d’État. Non seulement on avait livré leur République ; on leur demandait ensuite de se taire poliment pour ne pas troubler les calculs de l’Europe occidentale.
Camus, lui, n’était pas dupe.
Il eut ses limites, ses angles morts, ses silences discutés, et nul n’a besoin d’en faire un saint laïque pour lui rendre justice. Mais sur l’Espagne franquiste, il tint une ligne que beaucoup d’hommes d’État, plus puissants que lui, n’eurent pas le courage de tenir. Il n’avait rien cédé aux idéologies bananières qui nourrissaient le siècle, ni vendu son jugement aux camps. La monnaie sale du chantage politique, il la refusait. On voulait qu’il excuse Franco parce que Staline existait, et qu’il taise Staline parce que Franco existait. Il refusa les deux. Chez lui, l’intelligence ne servait pas à choisir sa servitude préférée. Elle servait à refuser toutes les servitudes.
C’est ce qui le rend si précieux ici. Non parce qu’il aurait été infaillible, mais parce qu’il oblige. Camus ne fut pas seulement antifranquiste. Le mot est trop court, trop administratif, presque trop confortable. Il fit de l’Espagne républicaine l’un des lieux moraux de sa pensée. Pour lui, l’Espagne n’était pas un dossier diplomatique, ni un décor méditerranéen, ni une nostalgie littéraire où l’on range Cervantès, Lorca et quelques oliviers sous le soleil. L’Espagne était une blessure européenne, ouverte par trois mains honteuses : celle qui abandonna la République, celle qui humilia les réfugiés, celle qui réhabilita Franco au nom de l’anticommunisme.
La singularité de Camus est là. Il n’entre pas en Espagne par le drapeau mais par la dette, pas par l’idéologie mais par les vaincus. Il n’y voit pas seulement un pays martyr. Il y voit le procès de l’Europe. Et ce procès ne s’arrête pas en 1939. Il continue en 1945, lorsque l’Europe libérée laisse Franco survivre ; en 1952, lorsqu’on prépare son entrée dans l’UNESCO ; en 1970, lorsque De Gaulle lui rend visite avec la tranquillité monumentale des grands hommes qui se croient dispensés de demander pardon.
Camus n’était pas espagnol par nationalité. Mais l’Espagne lui venait par le sang pauvre et silencieux de sa mère, Catherine Sintès, d’ascendance espagnole. Il avait grandi à Alger, loin des appartements où l’on théorise la misère sans l’avoir respirée, dans un monde populaire où les humiliés ne font pas de phrases parce qu’on ne leur a pas donné les mots. Cela compte. Cela ne suffit pas à expliquer son engagement, mais cela donne à son Espagne une tonalité intime, presque filiale. Chez lui, l’Espagne n’est jamais un pur objet de doctrine. Elle revient par les travailleurs, les exilés, les prisonniers, les écrivains morts ou proscrits, Lorca, Machado, Cervantès, Unamuno, par les routes de l’exil et les salles de réunion, les journaux libertaires et les appels de solidarité.
Son Espagne n’est pas celle des chancelleries. C’est celle des routes et des fosses.
Il rencontre d’ailleurs l’Espagne avant Franco vainqueur, par les Asturies. Avant même le soulèvement militaire de juillet 1936, il s’intéresse à la répression ouvrière. Avec le Théâtre du Travail, à Alger, il participe à l’écriture collective de Révolte dans les Asturies, pièce consacrée à l’insurrection des mineurs d’octobre 1934 et à son écrasement. La pièce est interdite. Déjà tout est là : une révolte sociale, une censure, un pouvoir qui nomme ordre ce qui n’est que peur des pauvres.3
Le point est capital. Camus ne découvre pas l’Espagne dans les ruines de 1939, une fois la tragédie consommée et les vaincus dispersés dans les camps. Il la rencontre d’abord dans une révolte ouvrière écrasée. Son Espagne première n’est pas romantique. Elle est minière, sociale, réprimée, censurée. Elle a de la poussière de charbon sur le visage et la Guardia Civil sur le dos. Camus prend parti, non pour une Espagne abstraite, mais contre le mensonge d’ordre.
Viennent ensuite la guerre, la défaite, puis l’autre honte : l’Europe libérée qui oublie ceux qui l’avaient précédée dans le combat contre le fascisme.
Le 7 septembre 1944, dans Combat, paraît Nos frères d’Espagne. Le titre seul devrait faire rougir quelques ministres. Non des étrangers, non des agitateurs encombrants, mais des frères : ceux qui avaient affronté les fascismes avant tout le monde et compris trop tôt ce que les démocraties comprendraient trop tard. Camus y rappelle une vérité que l’Europe officielle s’empressa d’oublier : la guerre européenne avait commencé en Espagne. Si elle a commencé là, elle ne peut pas finir sans l’Espagne. On ne libère pas Paris en laissant Madrid sous la botte.4
En 1946, Camus donne la préface du volume collectif L’Espagne libre. L’Europe sort du nazisme, Franco reste. Hier allié gênant de l’Axe, il devient rempart commode contre Moscou. Même bourreau, nouvelle étiquette. Camus refuse cette lessive. Si le soulèvement franquiste fut aidé par Hitler et Mussolini, alors l’antifascisme conséquent ne s’arrête pas aux Pyrénées. S’il s’y arrête, ce n’est plus de l’antifascisme, c’est de la géographie morale à usage diplomatique.5
En 1948, il situe L’État de siège à Cadix et fait de l’Espagne le théâtre de la peste politique : administration de la peur, bureaucratie de la mort, langage contaminé. Gabriel Marcel lui reproche d’avoir visé l’Espagne franquiste quand tant d’intellectuels anticommunistes réservaient leurs coups à l’URSS. Camus répond dans Combat, par Pourquoi l’Espagne ?. Il ne choisit pas Franco contre Staline ni Staline contre Franco. Il vise toute société qui mutile l’homme au nom d’une machine de pouvoir. Le totalitarisme ne devient pas propre parce qu’il porte la soutane plutôt que l’uniforme rouge.6
Puis vient l’UNESCO, où Camus frappe au point le plus sensible : la culture. En juin 1952, il refuse de collaborer avec l’institution tant qu’il est question d’y faire entrer l’Espagne franquiste. Comment parler d’éducation avec un régime qui censure les livres, exile les écrivains, emprisonne les hommes libres et transforme l’école en catéchisme d’État ? L’Espagne franquiste entre officiellement à l’UNESCO le 30 janvier 1953. Camus, lui, avait déjà répondu.7
Le 30 novembre 1952, salle Wagram, dans L’Espagne et la culture, repris dans Actuelles II, il démonte les excuses. On peut ne pas faire la guerre à Franco, dit-il en substance, mais on peut au moins ne pas l’honorer, ne pas lui offrir une chaise dans une institution de la culture comme on inviterait un incendiaire à présider une bibliothèque. Soutenir Franco ne combat pas le communisme ; cela le nourrit, en offrant aux staliniens la meilleure preuve de l’hypocrisie occidentale. De là cette formule, qui résume sa position : lorsque Franco entre à l’UNESCO, ce n’est pas Franco qui entre dans la culture universelle, c’est l’UNESCO qui en sort.8
Il faut s’arrêter ici, car tout le chapitre tient dans ce refus. Camus ne dispose ni d’armée, ni d’ambassade, ni de protocole. Il ne peut pas faire tomber Franco. Il ne peut pas rouvrir les fosses. Il ne peut pas rendre Madrid à la République. Mais il peut empêcher que les mots soient lavés. Il peut refuser que la culture serve de nappe blanche à la table des bourreaux. Il peut dire non là où les États disent : circonstances, intérêt, équilibre, prudence. Dans le siècle des grands crimes, ce petit mot pèse parfois plus lourd que les grands discours.
Avec L’Espagne et le donquichottisme, écrit pour le 350ᵉ anniversaire du Quichotte, le geste paraît littéraire. Il est politique jusqu’à l’os. Camus ne voit pas en Don Quichotte un rêveur ridicule, bon pour les éditions illustrées et les discours d’académie. Il y voit l’homme qui refuse d’admettre que le réel appartient définitivement aux puissants. Don Quichotte perd, se trompe, charge des moulins, prête à la poussière des formes de géants. Mais il sauve ce que les vainqueurs ne comprennent jamais : l’honneur de ne pas consentir. Dans cette lecture, l’Espagne franquiste n’est pas l’Espagne profonde. Elle est l’Espagne confisquée. Elle n’est pas Cervantès ; elle est le bâillon posé sur Cervantès.9
En 1957, recevant le prix Nobel, Camus affirme, dans le discours du banquet, que l’écrivain n’est pas au service de ceux qui font l’Histoire mais de ceux qui la subissent. Il donne là la clé de toute son Espagne. Elle n’est pas une note en bas de page. Elle est une école morale. Elle apprend que les démocraties peuvent trahir la liberté au nom de la prudence, que les fascismes avancent quand on les laisse avancer, que les vaincus peuvent avoir raison contre l’Histoire officielle, que la victoire n’innocente personne. L’Histoire n’absout pas les vainqueurs. Elle leur donne seulement plus de moyens pour mentir.10
Son antifranquisme n’est donc pas une position partisane. Il est anti-servitude. Il refuse de faire de l’homme une chose, que la chose vienne avec le crucifix, le portrait du chef, le drapeau national ou le livre saint de l’avenir radieux. Il ne dit pas que tout se vaut. Il dit le contraire. Une prison reste une prison, même lorsque la serrure change de doctrine.
Voilà ce que la poignée de main De Gaulle-Franco ne pouvait pas comprendre, ou ne voulait pas comprendre. Elle appartenait à l’autre monde : celui de la nécessité qui s’admire, de la grandeur qui s’accorde des exceptions, des chefs qui se reconnaissent entre eux par-dessus les morts. De Gaulle pouvait bien avoir sauvé l’honneur français en 1940 ; cela ne lui donnait pas quittance éternelle. On n’obtient pas un crédit moral illimité parce qu’on a eu raison un jour contre Pétain. La vérité ne fonctionne pas comme une rente.
C’est ici que le geste devient insupportable. De Gaulle n’a pas seulement salué un vieil homme. Il a salué un régime qui avait écrasé la République espagnole, emprisonné ses militants, fusillé ses adversaires, censuré ses écrivains, poursuivi ses exilés, installé l’Église au cœur de la dictature et changé la peur en gouvernement. Il a salué, fût-ce sans discours, la survie respectable du fascisme européen sous costume d’État stable.
Camus, lui, avait choisi l’autre camp : celui des frères d’Espagne, des réfugiés, des voix interdites, des libertaires, des étudiants, des morts sans monument et des vaincus que l’on ne devait pas laisser aux vainqueurs. Il n’y a pas ici deux élégances équivalentes. Il y a deux fidélités contraires. L’une va vers l’État, même lorsqu’il se salit. L’autre va vers la justice, même lorsqu’elle ne rapporte rien.
La main de De Gaulle n’efface pas l’Appel du 18 Juin. Elle le met à l’épreuve. Et c’est une chose terrible, pour les grands hommes, que leurs gestes tardifs viennent demander des comptes à leurs gestes fondateurs. La Résistance proclamée ne suffit pas si elle devient incapable de reconnaître le fascisme lorsqu’il vieillit sous protection diplomatique. Un antifascisme qui n’ose plus nommer Franco n’est plus une fidélité ; c’est une décoration.
Camus n’a pas vu cette poignée de main-là. Mais toute son œuvre espagnole l’avait déjà condamnée d’avance. Il l’avait condamnée dans les Asturies, dans Combat, dans L’Espagne libre, dans Pourquoi l’Espagne ?, dans son refus de l’UNESCO, dans son Don Quichotte, dans son Nobel, dans cette obstination à ne pas laisser les vaincus seuls avec leur défaite.
Voilà pourquoi il faut changer le regard. La question n’est pas seulement : pourquoi De Gaulle est-il allé voir Franco ? Elle est plus rude : que vaut une mémoire de la Résistance lorsqu’elle accepte de rendre fréquentable l’un des survivants politiques du fascisme européen ? Que vaut la grandeur lorsqu’elle oublie ceux qui furent écrasés avant elle ? Que vaut l’État lorsqu’il serre la main que les morts ne peuvent plus repousser ?
La scène du Pardo n’est donc pas une anecdote. C’est une traduction. Elle traduit l’abandon ancien de la République espagnole en politesse tardive envers son bourreau. Elle traduit la non-intervention en normalisation. Elle traduit l’antifascisme officiel en convenance diplomatique. Elle montre, avec la brutalité silencieuse des photographies, que la Résistance peut mourir une seconde fois, non sous les balles, mais dans les salons.
Et face à cela, Camus demeure non comme statue, mais comme objection. Il rappelle que la vérité et la liberté ne sont pas des ornements de discours, mais des charges. Il rappelle que l’on ne choisit pas entre deux servitudes. Il rappelle que les vaincus n’ont pas tort parce qu’ils sont vaincus. Il rappelle surtout qu’il existe des poignées de main dont l’Histoire ne devrait jamais se laver.
• Charles de Gaulle rencontre Francisco Franco au palais du Pardo, à Madrid, le 8 juin 1970, lors d’un voyage privé en Espagne après son départ du pouvoir.
• Albert Camus participe à l’écriture collective de Révolte dans les Asturies, publiée à Alger chez Charlot en 1936, pièce consacrée à la répression de l’insurrection asturienne de 1934.
• Nos frères d’Espagne paraît dans Combat le 7 septembre 1944 ; le texte est généralement attribué à Camus dans les recueils et travaux camusiens.
• Camus préface L’Espagne libre, volume collectif publié chez Calmann-Lévy en 1946.
• L’État de siège paraît en 1948 ; la réponse de Camus à Gabriel Marcel, Pourquoi l’Espagne ?, paraît dans Combat la même année et sera reprise dans Actuelles II.
• Camus refuse en juin 1952 de collaborer avec l’UNESCO tant que l’admission de l’Espagne franquiste y est envisagée ; l’Espagne devient membre de l’UNESCO le 30 janvier 1953.
• L’Espagne et la culture est un discours prononcé salle Wagram le 30 novembre 1952, repris dans Actuelles II.
• L’Espagne et le donquichottisme est prononcé en octobre 1955 pour le 350ᵉ anniversaire de Don Quichotte, puis publié notamment dans Le Monde libertaire et Solidaridad Obrera.
• Le discours du banquet Nobel d’Albert Camus est prononcé à Stockholm le 10 décembre 1957.
1Sur la rencontre du 8 juin 1970 au palais du Pardo, voir notamment Claude Sérillon, Un déjeuner à Madrid, Le Cherche Midi, 2018 ; Éric Roussel, De Gaulle, Gallimard, 2002 ; et les reprises de presse s’appuyant sur les photographies AFP de la rencontre. Le voyage se situe après la démission de De Gaulle en avril 1969.
2Pour la nature du régime franquiste, sa répression et sa continuité après 1945, voir notamment Paul Preston, Franco. A Biography, HarperCollins, 1993 ; Julián Casanova, The Spanish Republic and Civil War, Cambridge University Press, 2010 ; et Borja de Riquer, La dictadura de Franco, Crítica, 2010.
3Révolte dans les Asturies, œuvre collective d’Albert Camus, Jeanne-Paule Sicard, Bourgeois et Poignant, est publiée à Alger chez Edmond Charlot en 1936. La pièce, liée au Théâtre du Travail d’Alger, porte sur l’insurrection asturienne d’octobre 1934 et fut censurée par le maire d’Alger avant représentation.
4Albert Camus, « Nos frères d’Espagne », Combat, 7 septembre 1944 ; texte repris dans les recueils des éditoriaux et articles de Camus à Combat. L’attribution à Camus, bien que l’éditorial soit non signé, est généralement retenue par les éditions et études camusiennes.
5L’Espagne libre, volume collectif préfacé par Albert Camus, Paris, Calmann-Lévy, 1946. Sur le rapport de Camus à l’Espagne républicaine, voir aussi Javier Figuero, Albert Camus ou l’Espagne exaltée, Autres Temps, 2008.
6Albert Camus, L’État de siège, Gallimard, 1948 ; Albert Camus, « Pourquoi l’Espagne ? », Combat, 1948, réponse à Gabriel Marcel, repris dans Actuelles II. Chroniques 1948-1953, Gallimard, 1953.
7Albert Camus adresse en juin 1952 une lettre de refus au directeur général de l’UNESCO, Jaime Torres Bodet ; Le Monde en rend compte le 21 juin 1952. La liste chronologique officielle des États membres de l’UNESCO indique l’admission de l’Espagne le 30 janvier 1953.
8Albert Camus, « L’Espagne et la culture », discours prononcé le 30 novembre 1952 salle Wagram, repris dans Actuelles II. Chroniques 1948-1953, Gallimard, 1953. La formule sur l’UNESCO est ici une condensation interprétative du présent chapitre, non une citation littérale de Camus.
9Albert Camus, « L’Espagne et le donquichottisme », allocution du 23 octobre 1955 pour le 350ᵉ anniversaire de Don Quichotte ; publiée notamment dans Le Monde libertaire, n° 12, novembre 1955, puis reprise dans divers périodiques, dont L’Express et Solidaridad Obrera.
10Albert Camus, discours du banquet Nobel, Stockholm, 10 décembre 1957, texte français disponible sur le site de la Fondation Nobel. Camus y définit notamment la charge de l’écrivain par rapport à ceux qui subissent l’histoire.