Chapitre XIV. Le Noël noir du bunker franquiste
Chapitre XIV. Le Noël noir du bunker franquiste
Carrero Blanco, le verrou que l’Espagne clandestine fit sauter
Le 20 décembre 1973, l’Espagne franquiste reçut, à l’heure où les vieux régimes croient encore que Dieu surveille leurs itinéraires, une nouvelle que ses manuels de permanence éternelle n’avaient pas prévue.
Luis Carrero Blanco venait de s’envoler.
La phrase courut très vite. Dans les cafés, les cuisines, les couloirs d’université, les ateliers, les prisons, les exils, les arrière-salles où l’on apprenait depuis trente-quatre ans à parler bas. Elle courut avec cette cruauté particulière du rire politique, celui qui naît lorsque les dominés découvrent que le colosse saigne, que le marbre fissure, que le bunker n’est pas un tombeau de granit mais une baraque mal surveillée.
Ce matin-là, vers 9 h 30, rue Claudio Coello, à Madrid, l’explosion préparée par un commando d’ETA sous la chaussée projeta la voiture officielle du président du gouvernement dans l’enceinte d’un bâtiment appartenant aux jésuites.1
Carrero mourut. Son chauffeur, José Luis Pérez Mogena, mourut aussi. Son escorte, l’inspecteur Juan Antonio Bueno Fernández, mourut également.2 Des professionnels de l’appareil, ayant juré fidélité au franquisme, des hommes du dispositif armé de protection du régime. Il y eut aussi des blessés, dont des enfants.
Il faut garder cela dans la phrase. Non par prudence molle, non par scrupule de salon, mais parce que l’histoire n’a pas besoin de devenir un communiqué inverse. L’opération visait le verrou politique du franquisme. Elle tua aussi des hommes subalternes du dispositif franquiste et exposa des passants. Nommer cela ne change rien au sens de l’acte. Au contraire. La vérité n’a pas à marcher avec des œillères pour rester du côté des vaincus.
Mais que l’on ne demande pas à l’histoire de parler le vocabulaire du régime.
En décembre 1973, l’Espagne n’est pas une démocratie imparfaite où des adversaires discutent durement des moyens légitimes de l’action politique. C’est une dictature issue d’un coup d’État, installée sur des fosses, des prisons, des conseils de guerre, des tribunaux d’exception, une police politique, une censure, une armée gardienne du régime et trente-quatre ans de confiscation de la parole publique.
Carrero Blanco n’est pas un ministre contesté dans un Parlement libre. Il n’est pas un adversaire électoral. Il n’est pas un notable conservateur balloté par l’alternance.
Il est le dauphin du franquisme.
Le verrou.
L’homme placé là pour que Franco meure sans que le franquisme ne meure avec lui.
Le verrou de l’après-Franco
Luis Carrero Blanco naît à Santoña, en Cantabrie, le 4 mars 1904. Officier de marine, marin de carrière, homme d’ordre et de discipline, il traverse le franquisme non comme un tribun, mais comme une ombre fidèle.3 Il n’a pas la faconde phalangiste, pas le goût du balcon, pas la vulgarité bruyante des agitateurs en chemise bleue.
Il est plus froid. Plus utile. Plus administratif. Plus durable.
Un homme de dossiers, de fidélité, de marine, de catholicisme politique, d’anticommunisme et de continuité. Un homme qui ne cherche pas à électriser les foules, mais à verrouiller l’État.
Franco l’a compris depuis longtemps. Il se méfie des ambitieux trop visibles. Il préfère les fidèles silencieux. Carrero est de ceux-là. Dans l’appareil franquiste, il monte par l’ombre, par la constance, par la loyauté totale. Sous-secrétaire à la Présidence, ministre, vice-président, puis président du gouvernement en juin 1973 : il devient l’homme de confiance absolue du Caudillo, la charnière entre le franquisme vivant et le franquisme survivant.4
Franco vieillit. Sa main tremble. Son corps se retire peu à peu de la scène, mais le régime, lui, veut continuer. Carrero doit garantir cette continuité. Il doit préserver l’alliance des militaires, des technocrates, des ultras, de l’Église d’ordre, des intérêts économiques, de la monarchie restaurée sous tutelle franquiste.
Il doit empêcher que la disparition biologique du dictateur n’ouvre une brèche politique.
Il doit être l’après-Franco avant l’après-Franco.
Carrero n’était pas seulement fidèle à Franco. Il était fidèle à l’idée que l’Espagne devait rester sous tutelle, catholique, militaire, anticommuniste, monarchique seulement parce que Franco l’avait décidé, et démocratique jamais. Voilà pourquoi sa disparition ne fut pas un simple fait divers sanglant. Elle toucha la charpente.
Tout devait être, selon la formule célèbre, atado y bien atado.
Attaché et bien attaché.
Ligoté, plutôt.
Ficelé.
Scellé.
Le franquisme avait une conception notariale de l’éternité. Les peuples passent, les régimes signent, les héritages se préparent, les consciences se mettent sous scellés. Franco avait prévu le Prince, l’armée, les lois fondamentales, les Cortes domestiquées, le Mouvement, les fidélités, les silences. Carrero devait surveiller la serrure.
Or, ce matin-là, la serrure sauta.
La serrure sauta
La voiture de Carrero monta là où la propagande franquiste plaçait d’ordinaire les âmes méritantes. Dans un pays saturé de « Arriba España », il y eut soudain un arriba imprévu, matériel, spectaculaire, irréparable. Le régime qui avait passé des décennies à lever les bras, les yeux, les crucifix, les slogans et les drapeaux vit son dauphin quitter le sol par la verticale.
L’ironie n’attendit pas l’autorisation de la police.
« Arriba España » devint « Arriba Carrero Blanco ».
Il fallait s’y attendre. Un régime qui impose sa langue finit toujours par la recevoir dans la figure. Le franquisme avait saturé l’espace public de formules martiales, de paix obligatoire, d’unité nationale, de croisade, de salut, d’ordre, de grandeur et de liberté sous cadenas. Le peuple clandestin, lui, reprit le slogan, le tordit, le renvoya.
Il n’avait pas encore la liberté de voter.
Il gardait la liberté terrible de rire.
Mais avant le rire, il y eut la stupeur.
Le bunker franquiste fut réveillé moins par une bombe que par une évidence : l’antifranquisme n’était pas un folklore de vaincus, ni quelques vieux républicains parlant bas à Toulouse, ni des ouvriers que le Tribunal de l’ordre public suffirait à effrayer, ni des étudiants turbulents, ni des curés conciliaires un peu trop sensibles aux pauvres. Il savait observer, attendre, s’organiser, et frapper au cœur de Madrid, là où le régime croyait son cœur protégé par la routine.
La routine, voilà l’autre nom de l’aveuglement des pouvoirs.
Carrero allait à la messe. Carrero suivait un itinéraire. Carrero passait régulièrement par les mêmes rues. Le régime qui surveillait les ouvriers, les avocats, les prêtres, les étudiants, les mineurs, les communistes, les anarchistes, les nationalistes basques, les syndicalistes et les exilés n’avait pas su protéger son propre gardien.
Les polices aiment les fichiers. L’histoire, parfois, leur rappelle qu’un fichier n’est pas une intelligence.
L’opération d’ETA fut une opération de lutte armée antifranquiste contre l’homme qui devait garantir la survie institutionnelle de la dictature. Voilà le point. Il ne s’agit pas de couvrir l’acte de fleurs propres ni de le tremper dans l’eau bénite de la morale. Il s’agit de le situer. Carrero Blanco était un objectif politique et militaire du régime. Amiral. Président du gouvernement. Homme de Franco. Garant de la continuité. Chef d’un appareil né de la violence et maintenu par elle.5
Un État né de la terreur ne devient pas arbitre moral parce qu’une bombe atteint son dauphin.
Le procès 1001 sous le cratère
Le symbole fut d’autant plus violent que l’attentat eut lieu le jour même de l’ouverture du procès 1001 contre les dirigeants de Comisiones Obreras.6 Ce jour-là, l’Espagne réelle se dédoubla avec une précision presque théâtrale.
En haut, le régime perdait son verrou.
En bas, la classe ouvrière organisée comparaissait encore devant le Tribunal de l’ordre public.
D’un côté, Carrero sautait.
De l’autre, les syndicalistes entraient dans la machine judiciaire.
Le franquisme avait donc ses deux cauchemars devant lui : la lutte armée qui frappait son sommet, et le mouvement ouvrier qui travaillait ses fondations. L’un faisait exploser le mythe de l’invulnérabilité. L’autre rongeait le décor social de la dictature. Le pouvoir appelait l’un banditisme, l’autre subversion. Il oubliait que ces deux mots disaient surtout sa peur.
Le procès 1001 devait être un moment de mobilisation ouvrière et démocratique. L’opération contre Carrero le plongea dans une atmosphère de menace. Les accusés furent ramenés aux cellules. On redouta les représailles, les ultras, les vengeances, cette vieille Espagne de sacristie et de caserne qui, lorsqu’elle perd un chef, cherche immédiatement un mur.
La mort de Carrero ne désarmait pas la police. Elle ne fermait pas les prisons. Elle ne libérait pas les syndicalistes. Elle ne rendait pas les journaux libres. Elle ne transformait pas Franco en souvenir.
La dictature était encore là.
Vivante.
Armée.
Humiliée.
Et un appareil répressif humilié devient une bête dangereuse.
Le bunker voulait un mur
Le pouvoir se désorganisa. Les ordres se contredirent. La peur passa dans les ministères comme une mauvaise messe. Le régime qui prétendait incarner l’ordre révélait soudain sa fragilité : il suffisait qu’une voiture quitte sa trajectoire pour que toute l’administration perde la sienne.
Le bunker voulait du sang.
Comme toujours lorsqu’il perdait l’initiative.
Aux funérailles de Carrero, les ultras s’en prirent au cardinal Tarancón, jugé trop tiède, trop conciliaire, trop peu franquiste, trop éloigné de l’ancienne liturgie du sabre et du goupillon. « Tarancón al paredón », cria-t-on.7 Tarancón au mur.
Le deuil officiel devint une scène de vérité. Derrière les uniformes, les prières, les visages graves, les gerbes, les formules d’État, la droite franquiste montrait son vieux réflexe : le mur. Toujours le mur. Encore le mur.
Quand elle ne sait plus gouverner, elle réclame un peloton.
Et ce mur réclamé sur un parvis d’église n’était pas un dérapage de circonstance. C’était la nature même du franquisme depuis 1936, celle qui avait creusé les fosses des premiers chapitres.
Il faut donc dire les choses sans trembler : on ne fêta pas partout, ouvertement, sans peur. Dans les prisons, dans les familles militantes, dans les cercles du PCE, de la gauche clandestine, des syndicats interdits, des réseaux libertaires, de l’exil inquiet, on craignit les représailles. Le régime blessé pouvait mordre. Les familles savaient de quoi il était capable. Les vaincus n’avaient pas besoin de cours de prudence. Ils avaient trente-quatre ans d’expérience.
Mais sous la peur, il y eut bien une jubilation antifranquiste.
Une jubilation noire, clandestine, nerveuse, parfois ravalée aussitôt qu’elle surgissait. Non parce qu’un homme mourait en tant qu’homme, mais parce que disparaissait celui qui incarnait la continuité froide du franquisme. Carrero n’était pas seulement Carrero. Il était le pont entre Franco vivant et le franquisme survivant. Il était le bunker avec avenir. Il était le verrou posé sur l’après-dictateur.
ETA fit sauter le verrou.
Le rire noir des dominés
Dans l’imaginaire antifranquiste, l’explosion ne tua pas seulement un président du gouvernement. Elle troua le mythe de l’éternité franquiste. Le régime qui prétendait tout contrôler n’avait même pas su protéger son héritier. Celui qui devait assurer la verticale du pouvoir finit précisément par la verticale.
La jubilation prit d’abord la forme du rire.
Un rire noir. Un rire de cave. Un rire de cuisine. Un rire de cellule. Un rire d’atelier. Un rire politique, parce que les dictatures finissent toujours par produire l’humour qui les juge. Le rire ne demande pas la permission des ministres. Il circule dans les interstices, là où la police arrive toujours un peu trop tard.
« Carrero, premier astronaute espagnol. »
« De Madrid al cielo. »
« Voló, voló, Carrero voló. »
Et bien sûr, « Arriba España » devenu « Arriba Carrero Blanco ».8
La cruauté du mot retourné fut parfaite. Le franquisme avait imposé ses slogans au peuple. Le peuple clandestin reprenait les slogans et les renvoyait au régime avec la voiture de son dauphin. C’était de mauvais goût, dira-t-on. Sans doute. Mais le bon goût est souvent le luxe des peuples qui ne vivent pas sous la botte.
Les dominés n’inventent pas toujours de belles phrases.
Ils inventent celles qui survivent.
La culture populaire antifranquiste transforma rapidement l’événement en chanson, en blague, en proverbe, en carnaval politique. Dans les milieux basques nationalistes et antifranquistes, mais aussi dans des espaces plus larges de l’opposition, l’opération devint une légende de rire noir.
« La fiesta del Ogro », le titre dit tout. L’ogre, c’était le franquisme. Carrero en était l’une des mâchoires. Le pouvoir voulait un deuil d’État. Une partie du peuple fabriqua une farce clandestine. La pompe funèbre descendait du côté officiel. La parodie montait du côté des vaincus.
Les témoignages tardifs disent cette joie mêlée de danger. Un cri dans un bar, puis le patron terrorisé qui fait signe de se taire par peur de la Brigada Político-Social. Des étudiants qui veulent rire, et la peur qui leur met aussitôt la main sur la bouche. Des chansons reprises plus tard dans les fêtes, avec le geste d’envoyer Carrero au ciel.
Source mémorielle, fragile pour qui exige la froideur des archives, mais précieuse pour comprendre ce que les archives policières saisissent mal : la fête interdite, le rire aussitôt ravalé, la joie en contrebande.
À l’extérieur aussi, l’événement fut reçu comme une déflagration politique. L’exil antifranquiste, les milieux basques de France, les réseaux libertaires, communistes, socialistes, les opposants espagnols dispersés en Europe comprirent immédiatement qu’une pièce maîtresse venait de se rompre. Ce n’était pas encore la chute du régime. Ce n’était pas encore la démocratie. Ce n’était pas le commencement mécanique d’une transition écrite d’avance dans les bureaux des historiens raisonnables.
Mais le climat changea.
Une déflagration, pas une transition
Le franquisme avait été atteint au sommet. L’héritier de la continuité avait disparu. Franco, déjà vieux, devait désormais regarder son propre après-lui sans son homme de confiance absolue. Le bunker comprenait qu’il n’était pas invulnérable. Les oppositions comprenaient que la dictature pouvait perdre autre chose que des procès de propagande : elle pouvait perdre ses hommes clés.
Le 20 décembre 1973 fut donc un révélateur brutal.
Il révéla la vulnérabilité du régime. Il révéla la profondeur de sa brutalité. Il révéla l’aveuglement de ses services. Il révéla la puissance symbolique de l’antifranquisme armé. Il révéla surtout que l’Espagne franquiste n’était pas apaisée. Elle était contenue.
Sous les uniformes, les messes, les communiqués, les procès, les slogans, les familles vaincues n’avaient pas oublié. Les ouvriers s’organisaient. Les étudiants riaient sous cape. Les exilés écoutaient la radio. Les chansons passaient les frontières.
Cela ne transformait pas la dynamite en innocence. Cela disait seulement que le régime n’avait plus le monopole de la peur.
Alors oui, pour beaucoup d’antifranquistes, ce fut un cadeau de Noël.
Pas le cadeau innocent des enfants.
Le cadeau noir des peuples bâillonnés.
La preuve que le colosse saignait. Que le dauphin ne nagerait plus. Que l’éternité franquiste pouvait finir dans un cratère madrilène. Que les régimes qui se croient de pierre tiennent parfois à une routine, une messe, une rue, un itinéraire répété, un chauffeur, un mauvais renseignement, une plaque d’égout et quelques mètres de tunnel.
Carrero Blanco n’était pas un passant de l’Histoire.
Il était la serrure.
Ce matin-là, l’Espagne clandestine trouva la clé dans la dynamite.
Le régime avait passé trente-quatre ans à crier « Arriba España ».
Le 20 décembre 1973, l’antifranquisme répondit avec une ironie terrible :
Plus haut encore, il y eut Carrero.
Repères documentaires
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Luis Carrero Blanco, né à Santoña le 4 mars 1904, officier de marine, amiral, proche collaborateur de Franco, sous-secrétaire à la Présidence, ministre, vice-président, puis président du gouvernement nommé en juin 1973.
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Attentat du 20 décembre 1973, rue Claudio Coello, Madrid. Morts : Luis Carrero Blanco, José Luis Pérez Mogena et Juan Antonio Bueno Fernández ; plusieurs blessés.
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ETA, Operación Ogro. Voir Julen Agirre/Eva Forest, Operación Ogro. Cómo y por qué ejecutamos a Carrero Blanco, et le film de Gillo Pontecorvo, Operación Ogro, 1979.
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Procès 1001, ouverture le 20 décembre 1973 contre des dirigeants de Comisiones Obreras.
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Réaction du bunker franquiste et attaques verbales contre le cardinal Tarancón, notamment « Tarancón al paredón ».
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Mémoire populaire antifranquiste : blagues, chansons et formules autour de l’attentat, dont « Arriba Carrero Blanco » et « Carrero, premier astronaute espagnol ».
1Sur l’attentat du 20 décembre 1973, rue Claudio Coello, voir les dossiers historiques consacrés à l’Operación Ogro, ainsi que Julen Agirre, pseudonyme d’Eva Forest, Operación Ogro. Cómo y por qué ejecutamos a Carrero Blanco. Le film de Gillo Pontecorvo, Operación Ogro (1979), appartient ensuite à la mémoire culturelle de l’événement.
2Les trois morts de l’attentat sont Luis Carrero Blanco, son chauffeur José Luis Pérez Mogena et son escorte, l’inspecteur Juan Antonio Bueno Fernández. Des blessés furent également signalés, dont des enfants.
3Carrero Blanco, né à Santoña le 4 mars 1904, est officier de marine, puis amiral. Il devient progressivement l’un des plus proches collaborateurs de Franco, avant d’être nommé président du gouvernement en juin 1973.
4Carrero fut sous-secrétaire à la Présidence, ministre, vice-président du gouvernement puis président du gouvernement à partir de juin 1973. Sa fonction politique essentielle fut d’incarner la continuité institutionnelle du régime au moment où la santé de Franco déclinait.
5ETA revendiqua et expliqua l’opération sous le nom d’Operación Ogro. Le statut de Carrero comme président du gouvernement, amiral et successeur politique de fait de Franco en faisait une cible de premier plan pour l’antifranquisme armé.
6Le procès 1001 s’ouvre le 20 décembre 1973 contre des dirigeants de Comisiones Obreras. La coïncidence avec l’attentat contre Carrero Blanco donne à cette date une forte densité politique : sommet institutionnel frappé et mouvement ouvrier jugé.
7La formule « Tarancón al paredón » accompagne les tensions autour du cardinal Vicente Enrique y Tarancón, symbole d’une Église espagnole en voie de distanciation du régime. L’épisode est souvent cité comme révélateur de la rage du bunker franquiste contre l’Église conciliaire.
8Sur la mémoire populaire de l’attentat, les blagues et chansons antifranquistes, voir les recueils de mémoire militante et la tradition orale postérieure à l’attentat. Les formules « Carrero, premier astronaute espagnol », « De Madrid al cielo », « Voló, voló, Carrero voló » et « Arriba Carrero Blanco » appartiennent à cette mémoire de rire noir antifranquiste.