Chapitre X. Le pipeline et le prisonnier
Chapitre X. Le pipeline et le prisonnier
La réhabilitation de Franco par les États-Unis, 1939-1955
Il faut prendre garde aux mots lorsqu’ils sortent des chancelleries. Ils arrivent toujours bien peignés, gantés, parfumés de droit international. Les États ne soutiennent pas toujours, ils « reconnaissent ». Ils ne cautionnent pas, ils « maintiennent des relations ». Ils ne financent pas un régime, ils « développent des échanges mutuellement bénéfiques ». Ils ne réhabilitent pas une dictature, ils « reviennent à une pratique diplomatique normale ».
La langue diplomatique est un rideau propre devant une cuisine qui l’est beaucoup moins.
Entre la reconnaissance du gouvernement franquiste par les États-Unis, le 1ᵉʳ avril 1939, et l’admission de l’Espagne à l’ONU, le 14 décembre 1955, la politique américaine obéit à cette double scène. Devant le public, la distance morale, la réserve, la condamnation multilatérale de 1946. Derrière le décor, les canaux diplomatiques maintenus, les crédits, les avoirs débloqués, les missions militaires, les bases, les pipelines, les usines d’explosifs.
Le régime franquiste est né d’un soulèvement contre la République, consolidé par la terreur, armé par Hitler et Mussolini, puis compromis par ses sympathies pour l’Axe. Mais l’Espagne a un mérite que Washington finit par juger supérieur à tous ces défauts, elle est bien placée sur la carte. Atlantique, Méditerranée, détroit de Gibraltar, Afrique du Nord. Le péché politique devient supportable dès qu’il offre des aérodromes.
La relation américano-franquiste de 1939 à 1955 n’est donc pas une adhésion enthousiaste au franquisme. Elle est plus froide, plus méthodique, plus révélatrice. Les États-Unis n’aiment pas Franco. Ils l’utilisent. Puis l’usage produit l’habitude, et l’habitude produit la réhabilitation.
Tout commence par un mot d’une souplesse admirable. Le 1ᵉʳ avril 1939, la victoire militaire acquise, Washington reconnaît le gouvernement de Franco.1 La formule officielle est classique, reconnaître un gouvernement ne signifie pas approuver sa politique intérieure. Voilà le petit miracle verbal qui permet de traiter avec un pouvoir sans avoir l’air de lui donner raison. On reconnaît le fait, pas la faute. L’autorité, pas la violence qui l’a installée. L’État, pas les prisons qui le soutiennent.
Mais la distinction, si commode soit-elle, n’efface pas son effet. Dès avril 1939, la République espagnole cesse d’être, pour Washington, l’interlocuteur légal de l’Espagne. Le gouvernement issu du coup d’État, de la guerre et de la répression devient le gouvernement reconnu. La diplomatie américaine ne chante pas encore les louanges de Franco. Elle lui ouvre la porte, et c’est déjà beaucoup.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle ne la referme pas. Le régime est suspect, mais utile à surveiller. Il sympathise avec Hitler et Mussolini, tolère des activités allemandes sur son sol, envoie la Division bleue combattre l’Union soviétique. L’Espagne s’était proclamée neutre en septembre 1939, puis non-belligérante en juin 1940 quand l’Allemagne écrasait la France, avant de revenir à la neutralité en octobre 1943, quand le vent tourna.2 Washington connaît la nature du régime.
Mais sa priorité n’est pas la répression intérieure espagnole. Elle est plus simple, empêcher Franco de basculer ouvertement dans la guerre aux côtés de l’Axe. La morale est convoquée à l’occasion. La stratégie siège tous les jours. L’Espagne dépend des Alliés pour son blé, son carburant, ses devises, et Washington tient donc Madrid par les besoins. Franco n’est pas embrassé. Il est tenu. Les prisons franquistes existent. Les calculs stratégiques aussi. Les seconds parlent plus fort que les premières.
Il serait faux de dire qu’aucune protestation américaine ne s’élève contre la répression. Il en existe. Mais elles sont rares, prudentes, souvent privées, et ne deviennent jamais une politique. En mai 1945, l’ambassadeur Norman Armour rencontre Franco et aborde directement la question des prisonniers politiques et des exécutions. Il demande s’il est vrai que des milliers de prisonniers restent détenus et que les exécutions continuent.
Franco répond comme répondent les dictateurs, les chiffres seraient exagérés, les détenus seraient des criminels. Il avance tout de même le nombre de vingt-six mille prisonniers.3 L’échange prouve deux choses. Que Washington sait. Et que Washington choisit de ne pas en faire un motif de rupture. Armour rappelle que la question relève des affaires intérieures espagnoles et que les États-Unis n’ont pas pour politique de s’ingérer. On dit donc à Franco que ses prisons font mauvais effet.
On ne lui dit pas qu’elles auront un prix. La répression devient un malaise, non un obstacle. Elle trouble la conversation. Elle n’annule pas le contrat.
Après 1945, le régime devient plus difficile à défendre en public. Hitler est vaincu, Mussolini pendu, l’Europe compte ses morts, et Franco reste là, survivance victorieuse d’un monde qu’on prétend avoir enterré. Le 4 mars 1946, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France publient une déclaration commune condamnant le régime et affirmant que, tant que Franco restera au pouvoir, l’Espagne ne pourra espérer s’associer aux nations qui ont vaincu l’Axe.4 Puis, le 12 décembre 1946, l’Assemblée générale des Nations unies adopte la résolution 39.5 Le texte ne prend pas de gants.
Il qualifie le régime de régime fasciste, calqué sur l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste et établi grâce à leur aide. Il affirme que le gouvernement Franco ne représente pas le peuple espagnol. Il recommande l’exclusion de l’Espagne des agences liées à l’ONU et le rappel des ambassadeurs. Pour une fois, le vocabulaire diplomatique laisse passer un peu de vérité. Franco n’est plus un simple chef d’État autoritaire. Il est désigné comme un produit du fascisme européen, imposé contre le consentement des Espagnols.
La condamnation est accablante. Elle a pourtant ses limites, et elles disent tout. Les États-Unis ne rompent pas les relations. Ils ne nomment pas de nouvel ambassadeur quand le poste devient vacant, mais ils gardent le fil. L’Espagne franquiste est mise au ban, non mise hors circuit. Le régime est repoussé par la grande porte et gardé joignable par l’entrée de service. Franco est publiquement gênant, mais déjà trop utile pour être réellement abandonné.
Car pendant que la diplomatie fronce les sourcils, l’économie travaille. En 1950, Dean Acheson explique que les États-Unis souhaitent développer avec l’Espagne des relations mutuellement bénéfiques sur des bases purement économiques, distinctes du politique, et que Washington ne met pas d’objection aux affaires privées, aux arrangements bancaires et aux échanges.6 Voilà le cœur du système. Politiquement, le régime reste embarrassant. Économiquement, il reste fréquentable.
Les marchandises ont cet avantage sur les principes, elles passent mieux les frontières. Le paradoxe est que les obstacles viennent surtout du franquisme lui-même, de son autarcie et de ses contrôles, si bien que le Département d’État en vient à presser Madrid de libéraliser ses procédures commerciales. On ne demande pas d’abord à Franco de libérer les prisonniers. On lui suggère de libérer les changes.
La banque suit le même chemin, et il est révélateur. Les accords de mai 1948 débloquent plus de soixante-quatre millions de dollars d’avoirs espagnols gelés depuis la guerre.7 Après des contacts militaires en 1949, la Chase Bank prête vingt-cinq millions à l’Espagne. Le Département d’État refuse le grand prêt général qui donnerait à Franco une marge trop libre, mais il accepte les crédits ciblés, rentables, surveillés, notamment par l’Export-Import Bank. La morale n’est donc pas absente. Elle est comptable.
On ne donne pas un chèque en blanc à Franco. On lui ouvre des lignes de crédit. Les victimes de la répression n’obtiennent aucune garantie internationale. Le régime obtient des facilités bancaires. Chacun reçoit ce que la realpolitik juge utile de lui donner.
L’année 1950 est le tournant, et il tient à un mot. La guerre de Corée éclate, la peur soviétique s’installe au centre de tout, et l’Espagne franquiste cesse peu à peu d’être une survivance fasciste pour devenir une pièce de l’échiquier anticommuniste. Le 4 novembre 1950, l’Assemblée générale adopte la résolution 386, qui annule le rappel des ambassadeurs et l’exclusion des agences.8 Le texte contient une phrase qui est un chef-d’œuvre de commodité.
L’établissement de relations diplomatiques avec un gouvernement n’implique aucun jugement sur sa politique intérieure. Il faut la relire lentement. Elle permet de normaliser Franco sans avoir à dire qu’on le blanchit. On peut reprendre les relations en expliquant que cela ne signifie rien sur les prisons, la censure, les exécutions, la terreur d’État. Le régime reste le même. Le contexte a changé. Et dans les chancelleries, le contexte fait souvent plus que la justice. Franco n’a pas changé de nature.
Il a changé de fonction.
À partir de là, tout s’accélère, et la relation devient ouvertement militaire. Le 16 juillet 1951, l’amiral Forrest Sherman rencontre Franco, et une mission américaine vient étudier les installations possibles. L’Espagne offre ce que les régimes peuvent offrir quand ils manquent de légitimité, un territoire. Et ce territoire vaut cher. Dans la guerre froide, la carte d’Espagne se met à peser plus lourd que les cimetières de la République.
Les accords de Madrid du 26 septembre 1953 consacrent le basculement.9 Les États-Unis obtiennent le droit d’équiper des zones militaires, d’y stationner du personnel, d’y stocker matériel et carburant, d’exploiter les installations. Le marché est limpide. Franco donne l’espace. Washington donne l’aide, les crédits, le matériel, la protection politique. Les mots officiels parlent de défense occidentale. Les faits parlent de bases américaines dans une dictature née d’un coup d’État.
Franco n’est plus seulement reconnu. Il est intégré.
L’intégration descend jusque dans le sol. Torrejón, Saragosse, la base navale de Rota, le pipeline qui les relie, les stockages de carburant, les bases de Morón et San Pablo. Elle descend jusque dans l’industrie, avec une aide américaine à des usines espagnoles de TNT et de propulseurs. Le détail vaut qu’on s’y arrête. Au moment où l’on parle des prisonniers politiques comme d’une affaire intérieure, on finance sans hésiter des fabriques d’explosifs.
Quand il s’agit de carburant, de TNT, de pipelines et de bases, l’intérieur espagnol devient brusquement très international. Et l’aide économique suit, massive, en coton, en huile, en crédits, en surplus agricoles. Un bilan américain arrêté à la fin de 1957 chiffrera à cinq cent trente-huit millions de dollars les biens et services fournis à l’Espagne.10 Ces chiffres ont une brutalité que les discours n’ont pas. Ils prouvent que Franco ne reçoit pas seulement des visites et des abstentions.
Il reçoit une économie, une armée, des infrastructures. La morale est dans les communiqués. Les chiffres sont dans les budgets.
L’admission à l’ONU, en 1955, n’est donc pas un coup de théâtre. Elle est préparée par étapes, statut d’observateur en janvier, à l’Organisation internationale du travail au printemps, puis, le 14 décembre 1955, l’entrée pleine et entière.11 Le régime n’est pas devenu démocratique. Il est devenu acceptable. Il n’a pas renoncé à sa nature. Il a changé de place dans l’ordre international. La séquence est éloquente. En 1946, la condamnation. En 1948, le dégel financier. En 1950, le retour diplomatique.
En 1951, la mission militaire. En 1953, les bases. En 1955, l’ONU. Il n’y a pas là une conversion morale du régime franquiste. Il y a une conversion du regard occidental. Franco cesse d’être l’homme de Hitler et Mussolini. Il devient l’homme des bases et de la Méditerranée. Sa dictature reste. Son utilité la recouvre.
Il faut ici accorder à Washington ce qui se défend, et sans ironie. La menace soviétique n’était pas une invention de propagande. En 1950, la Corée brûle, l’Europe est coupée en deux, Prague et Berlin ont montré ce que devient un pays qui bascule à l’Est. Un Occident qui cherchait des bases en Méditerranée n’était pas mû par le seul cynisme. La géographie espagnole avait une valeur réelle, et défendre l’Europe libre était une cause sérieuse. On comprend qu’elle ait pesé, et il serait malhonnête de le taire.
Mais c’est là que l’excuse se défait. Car avoir besoin d’aérodromes espagnols n’obligeait à rien de ce qu’on fit en plus. Stationner des avions à Torrejón n’exigeait pas d’oublier les prisons de Burgos. On pouvait louer un territoire sans absoudre un régime. La sécurité de l’Occident réclamait des bases. Elle ne réclamait pas qu’on déclarât, à l’ONU et pour l’Histoire, que traiter avec Franco ne signifiait rien. Ce fut là le vrai choix, non pas prendre les bases, mais décréter que les fosses ne comptaient plus.
On pouvait avoir les unes sans effacer les autres. On choisit d’effacer les autres en prime.
Voilà la vitrine. Il faut maintenant ouvrir l’arrière-boutique, car c’est là que vivait, ou mourait, l’Espagne réelle que l’on rendait fréquentable.
Le prisonnier du titre n’est pas seulement celui qui dort sur une paillasse franquiste. C’est aussi l’exilé qu’on empêche de rentrer, l’enfant qu’on arrache, le vaincu qu’on oblige à bâtir la pierre de son propre effacement.
Prenons un visage, un seul, pour que le prisonnier de nos phrases cesse d’être une abstraction. En 1955, l’année même où Franco entre à l’ONU, une femme s’installe pour de bon à Lausanne. Elle s’appelle Clara Campoamor.12 C’est elle qui, en octobre 1931, avait arraché aux Cortès le droit de vote des Espagnoles, seule contre une gauche qui redoutait le vote des femmes et une droite qui n’en voulait pas davantage. Pour ce combat, elle fut punie deux fois.
Par l’oubli d’abord, dès 1933, quand on lui fit porter la défaite électorale de la gauche comme une faute personnelle, la coupable de tout, celle par qui les femmes avaient voté. Elle intitula elle-même son livre d’un mot terrible, « Mon péché mortel ». Son péché, c’était le vote. Par l’exil ensuite. Le franquisme la poursuivait pour appartenance à une loge maçonnique, et par deux fois, en 1947 puis en 1951, on lui refusa de rentrer. Elle attendit.
Elle traduisit Hugo et Zola pour vivre, vieillit en Argentine, puis en Suisse, dans le cabinet d’une amie avocate. Elle attendit le retour de la démocratie espagnole. Elle mourut sans le voir, à Lausanne, en 1972. Elle ne rentra en Espagne que morte, quelques jours plus tard, dans un cercueil.13
Il faut goûter la géométrie de la chose. La femme qui avait donné le vote à la moitié de l’Espagne finit ses jours dans le pays même dont les banques avaient financé le vainqueur, et elle y meurt sans avoir revu le sien. Pendant qu’on inaugurait les bases, elle patientait à Lausanne. La vitrine recevait Franco à l’ONU. L’arrière-boutique gardait Clara Campoamor en exil.
Et derrière elle il y avait les autres, les anonymes, ceux dont on ne baptise pas les bâtiments des parlements. Il y avait les prisons pleines, ces milliers d’hommes et de femmes détenus pour un crime que la langue franquiste n’osait pas nommer, la fidélité à la légalité. Ils avaient été républicains, c’est-à-dire légalistes, c’est-à-dire du côté du gouvernement élu. On les appela rebelles, par ce renversement dont le franquisme avait le génie, où l’insurgé se dit ordre et le légaliste se dit sédition.
Il y avait les enfants. Des milliers d’enfants arrachés à leurs mères prisonnières ou exilées, confiés à des familles sûres et à des institutions religieuses, changés de nom, pour être décontaminés. Le mot est d’époque. Un psychiatre du régime avait théorisé le gène rouge, l’idée qu’on pouvait laver un enfant de l’infection marxiste de ses parents en le leur retirant à temps. On appela cela protéger l’enfance. Il faut lire : voler des enfants au nom de l’hygiène des âmes.
Il y avait la faim. El hambre. L’obsession de toute une décennie, les années de la faim, quand l’autarcie triomphante rationnait le pain pendant que le marché noir engraissait les fidèles. On mourait de tuberculose et de privation dans le pays que l’Occident s’apprêtait à trouver solvable.
Et il y avait les camps. Les bataillons de travailleurs, la rédemption des peines par le travail, cette trouvaille où le vaincu rachetait sa faute politique en creusant, en bâtissant, en mourant pour l’ordre nouveau. On appelait cela rééducation. Des prisonniers républicains taillèrent dans le granit le mausolée où Franco voulait reposer. Ils construisirent jusqu’à sa tombe.14
Voilà ce que la formule reconnaître n’est pas approuver permettait de ne plus regarder.
Entre 1939 et 1955, les États-Unis ont donc mené envers l’Espagne franquiste une politique à deux étages. À l’étage noble, celui des déclarations, on reconnaît sans approuver, on condamne sans rompre, on proteste sans sanctionner, on déplore sans protéger. À l’étage réel, celui des intérêts, les canaux restent ouverts, le commerce continue, les avoirs se débloquent, les crédits s’installent, les bases se construisent, les pipelines s’étirent.
Les protestations contre la répression existent, elles ne sont pas inventées, mais elles pèsent peu face à la carte militaire. Elles s’élèvent tant que Franco reste attaché, dans l’imaginaire d’après-guerre, aux vaincus fascistes. Elles s’éteignent dès qu’il devient utile contre le communisme.
La vérité factuelle est donc sévère. Les États-Unis n’ont pas immédiatement célébré Franco. Ils ont fait mieux, ou pire. Ils l’ont rendu nécessaire. Ils l’ont fait passer du dictateur embarrassant au partenaire stratégique. Ils ne l’ont pas toujours applaudi. Ils l’ont financé, équipé, utilisé, intégré, puis accompagné vers la respectabilité.
Et pendant que les chancelleries expliquaient que reconnaître un gouvernement ne signifiait pas approuver sa politique intérieure, les prisons restaient pleines, les enfants changeaient de nom, les vaincus rachetaient leur peine dans le granit, et Clara Campoamor vieillissait à Lausanne sans revoir l’Espagne. Mais les bases, elles, se construisaient. Et dans le monde des États, il faut croire qu’un pipeline pèse parfois plus lourd qu’un prisonnier politique.
1Reconnaissance du gouvernement de Franco par les États-Unis, 1ᵉʳ avril 1939 ; les relations diplomatiques ne furent jamais rompues ensuite.
2Sur les postures espagnoles pendant la Seconde Guerre mondiale : neutralité en septembre 1939, non-belligérance en juin 1940, retour à la neutralité en octobre 1943 ; Division bleue envoyée sur le front de l’Est.
3Entretien Norman Armour-Franco, mai 1945, sur les prisonniers politiques et les exécutions ; Franco avance le chiffre de vingt-six mille prisonniers.
4Déclaration tripartite États-Unis, Royaume-Uni, France, 4 mars 1946, condamnant le régime franquiste.
5Résolution 39 de l’Assemblée générale de l’ONU, 12 décembre 1946 : le régime est qualifié de fasciste, établi avec l’aide de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste ; le texte déclare qu’il ne représente pas le peuple espagnol, recommande le rappel des ambassadeurs et l’exclusion des agences liées à l’ONU. Vote : trente-quatre voix contre six, treize abstentions.
6Dean Acheson, 1950 : volonté de développer avec l’Espagne des relations économiques « mutuellement bénéfiques » sur des bases « purement économiques » ; reconnaissance que la résolution 39 avait échoué.
7Finances : déblocage de plus de soixante-quatre millions de dollars d’avoirs espagnols en mai 1948 ; prêt de vingt-cinq millions de dollars de la Chase Bank en 1949 ; crédits ciblés de l’Export-Import Bank.
8Résolution 386 de l’Assemblée générale de l’ONU, 4 novembre 1950 : révocation des recommandations de 1946 et affirmation que l’établissement de relations diplomatiques n’implique aucun jugement sur la politique intérieure du gouvernement concerné.
9Mission de l’amiral Forrest Sherman, 16 juillet 1951 ; accords de Madrid, 26 septembre 1953 ; bases de Torrejón, Saragosse, Rota, Morón et San Pablo ; pipeline Rota-Saragosse et stockages de carburant.
10Aide américaine : rapport d’avril 1955 ; Defense Support de quatre-vingt-cinq millions de dollars pour l’exercice 1954 et trente millions pour 1955 ; cinquante-cinq millions de surplus agricoles, dont quarante-neuf en coton et six en huile de coton ; accord de vingt et un millions de surplus le 20 avril 1955 ; financement d’usines de TNT et de propulseurs. Bilan au 31 décembre 1957 : cinq cent trente-huit millions de dollars de biens et services fournis à l’Espagne, cent soixante-quinze millions de biens et services espagnols obtenus en retour, surtout pour la construction des bases.
11Réintégration internationale : statut d’observateur à l’ONU le 26 janvier 1955, observateur à l’Organisation internationale du travail au printemps 1955, admission de l’Espagne à l’ONU le 14 décembre 1955.
12Clara Campoamor (1888-1972) : artisane du suffrage féminin espagnol voté par les Cortès en octobre 1931 ; exilée en 1936 ; installée définitivement à Lausanne en 1955.
13Clara Campoamor vécut près de vingt ans en Argentine avant la Suisse ; le régime franquiste lui refusa le retour en 1947 et 1951 et la poursuivait pour appartenance maçonnique. Voir Clara Campoamor, Mi pecado mortal. El voto femenino y yo, 1936.
14Sur la répression franquiste : à croiser notamment avec Paul Preston, The Spanish Holocaust. Système de la rédemption des peines par le travail et bataillons de travailleurs forcés ; retrait d’enfants de détenues et d’exilées républicaines, théorisé notamment par le psychiatre Antonio Vallejo-Nágera ; années de la faim de la décennie 1940, sous l’autarcie et le rationnement.