À propos du livre – Sous la croix et le fusil de Luis Albarracin
À propos du livre: Sous la croix et le fusil
L’ouvrage n’est pas un réquisitoire préalable contre des accusés déjà désignés. Il confronte les discours aux faits. Lorsque les faits rétablis font apparaître les responsabilités, le récit devient réquisitoire, non parce que l’auteur aurait remplacé l’histoire par son opinion, mais parce que certains faits, une fois réunis, accusent d’eux-mêmes.
La documentation instruit. Le style prononce.
Les « rouges », comme disait Franco avec cette économie de vocabulaire propre aux bourreaux pressés, ont assassiné des milliers de religieux et incendié des églises. C’est incontestable.
« Rouge » désignait tout ce qui n’était pas de son camp. Le mot évitait les nuances, les preuves et les procès. Il suffisait de nommer pour condamner.
La République fut traînée devant le tribunal moral de l’Histoire. On lui fit porter l’encensoir du remords et la bure de la culpabilité.
S’est-on jamais demandé combien de divisions armées comptait la cléricature ?
Aucune.
Elle avait mieux : la chaire, l’école, le confessionnal, la presse, la charité, la peur de l’enfer et le droit de dire au pauvre que sa faim était une vertu.
Elle ne tenait pas toujours le fusil. Elle bénissait l’ordre qui le faisait tirer.
A-t-on jugé avec la même ferveur ses alliances avec les propriétaires, les notables, l’aristocratie et la bourgeoisie ? Son pouvoir sur l’école, la famille et les consciences ? Le soutien apporté par une grande partie de sa hiérarchie au coup d’État bientôt rebaptisé croisade ?
Les victimes se font de la violence une autre idée que les bourreaux. Mais lorsque ces victimes s’appellent le peuple, on leur retire jusqu’au droit de témoigner.
Et quand on confisque trop longtemps la parole aux humiliés, elle revient autrement : en cris, en flammes, parfois dans le fracas des armes.
Expliquer cette violence n’est pas l’absoudre. C’est refuser que l’histoire commence toujours au moment où les dominés frappent.
Les vainqueurs voudraient compter les prêtres assassinés et oublier les journaliers abattus ; pleurer les pierres noircies et taire les générations tenues dans la faim ; conserver les églises brûlées et faire disparaître les consciences incendiées.
C’est là que commence ce livre : au point où le discours dominant cesse de résister à l’épreuve des faits.
La vérité crue des faits, sans artifices ni révérences.